Société, économie et politique japonaise

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(« Je serai joueur de baseball professionnel » - Et Ichiro Suzuki est devenu un grand joueur)
(Covid 19, l'autocontrôle des Japonais)
 
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''Article paru le 22/10/2011''
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=='''Fukushima Renaissance'''==
=='''Fukushima Renaissance'''==
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''Article paru le 06/05/2012''
''Article paru le 06/05/2012''
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=='''Notre ville natale, Fukushima - Premières impressions de Tarô san, lors de son voyage à l'été 2011 (en 9 parties)'''==
=='''Notre ville natale, Fukushima - Premières impressions de Tarô san, lors de son voyage à l'été 2011 (en 9 parties)'''==
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(45 ans) - En France depuis 1991
(45 ans) - En France depuis 1991
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[[Fichier:Ichiro_SUZUKI.jpg|thumb|280px|left|Texte du jeune Ichiro SUZUKI]] Ci-dessous, le texte qu’avait écrit le joueur professionnel de baseball Ichiro Suzuki, quand il était en sixième année à l’école primaire (au Japon l’école primaire dure six ans et le collège trois ans. Donc, la sixième année de primaire au Japon est équivalente à la sixième du collège en France. Ichiro avait donc 11ans). Un de ses amis l’a mis sur Facebook. Bien qu’il soit un sportif professionnel, il savait bien rédiger ses textes même en sixième année de l’école primaire.
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[[Fichier:Ichiro_SUZUKI.jpg|thumb|300px|left|Texte du jeune Ichiro SUZUKI]] Ci-dessous, le texte qu’avait écrit le joueur professionnel de baseball Ichiro Suzuki, quand il était en sixième année à l’école primaire (au Japon l’école primaire dure six ans et le collège trois ans. Donc, la sixième année de primaire au Japon est équivalente à la sixième du collège en France. Ichiro avait donc 11ans). Un de ses amis l’a mis sur Facebook. Bien qu’il soit un sportif professionnel, il savait bien rédiger ses textes même en sixième année de l’école primaire.
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C’est rare que des enfants japonais puissent avoir autant confiance en eux jusqu’à dessiner de façon aussi concrète leurs rêves pour l’avenir. C’est pour cela, je pense qu’il est devenu ce magnifique joueur de baseball. J’ai l’impression qu’il est devenu celui auquel son destin le destinait.  
C’est rare que des enfants japonais puissent avoir autant confiance en eux jusqu’à dessiner de façon aussi concrète leurs rêves pour l’avenir. C’est pour cela, je pense qu’il est devenu ce magnifique joueur de baseball. J’ai l’impression qu’il est devenu celui auquel son destin le destinait.  
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だからこそ、素晴らしい選手になったのでしょう。まさに、なるべくしてなったという感じです。
だからこそ、素晴らしい選手になったのでしょう。まさに、なるべくしてなったという感じです。
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[[Fichier:Photo_Ichiro_Suzuki.jpg|thumb|350px|left|Ichiro SUZUKI]] « Mon rêve, c’est de devenir un joueur professionnel de première classe de base-ball. Pour cela, je dois participer au championnat national pendant que je suis au collège et au lycée et y obtenir d’excellents résultats.
 
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Pour avoir de bon résultat, l’entraînement est nécessaire. J’ai commencé à m’entraîner depuis l’âge de 3 ans. Depuis l’âge de 3 ans jusqu’à l’âge de 7 ans, je me suis entraîné environ la moitié de l’année, mais depuis que je suis entrée en troisième année (le CE2 en France),je m’entraîne à présent intensément 360 jours sur 365 jours. Ainsi, sur une semaine, je peux m’amuser avec mes amis pendant 5, 6 heures. Comme je m’entraîne autant, je pourrai sûrement devenir un joueur professionnel de base-ball.
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« Mon rêve, c’est de devenir un joueur professionnel de première classe de base-ball. Pour cela, je dois participer au championnat national pendant que je suis au collège et au lycée et y obtenir d’excellents résultats.
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[[Fichier:Photo_Ichiro_Suzuki.jpg|thumb|350px|left|Ichiro SUZUKI]] Pour avoir de bons résultats, l’entraînement est nécessaire. J’ai commencé à m’entraîner depuis l’âge de 3 ans. Depuis l’âge de 3 ans jusqu’à l’âge de 7 ans, je me suis entraîné environ la moitié de l’année, mais depuis que je suis entrée en troisième année (le CE2 en France),je m’entraîne à présent intensément 360 jours sur 365 jours. Ainsi, sur une semaine, je peux m’amuser avec mes amis pendant 5, 6 heures. Comme je m’entraîne autant, je pourrai sûrement devenir un joueur professionnel de base-ball.
Après avoir obtenu de très bons résultats au collège et au lycée, j’intégrerai une équipe professionnelle. Cette équipe de base-ball, ce sera les Chûnichi Dragons ou les Seibu Lions. Mon objectif sera d’être admis par le système « draft » (l’équipe nomme plusieurs joueurs lors du conseil général de toutes les équipes) et d’avoir un contrat de plus de 100 millions de yens. Mon point fort est le pitching ou le batting. (Ainsi, il avoue ne pas être si fort en défense.)
Après avoir obtenu de très bons résultats au collège et au lycée, j’intégrerai une équipe professionnelle. Cette équipe de base-ball, ce sera les Chûnichi Dragons ou les Seibu Lions. Mon objectif sera d’être admis par le système « draft » (l’équipe nomme plusieurs joueurs lors du conseil général de toutes les équipes) et d’avoir un contrat de plus de 100 millions de yens. Mon point fort est le pitching ou le batting. (Ainsi, il avoue ne pas être si fort en défense.)
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Ichiro Suzuki
Ichiro Suzuki
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''Pour en savoir plus :''
''Pour en savoir plus :''
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''Article paru le 07/05/2013''
''Article paru le 07/05/2013''
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==La société japonaise - Maintenir un haut niveau de bien-être== 
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*Keishi (58 ans - En France depuis 29 ans )
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[[Fichier:TOKYO (202).JPG|thumb|380px|left|]] Vendredi 30 octobre 2015, la discussion que j'avais avec Keishi portait sur les différences entre nos deux sociétés, japonaise et française.
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En quoi, nos sociétés et leur organisation influencent-elles leurs populations respectives, leurs caractères et leurs façons d'être ensemble et avec autrui ?
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La société japonaise, m'apprit Keishi, est basée essentiellement sur une organisation de type maternelle et maternante : l'enfant, particulièrement le nouveau-né, est au centre de la famille, de la plus petite cellule sociale.
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La mère est au service de son enfant afin de lui apporter les conditions d'une vie la plus confortable possible. Par conséquent, elle s'organise pour lui apporter le plus de bien-être possible, tout en lui évitant de connaître d'éventuelle source de stress.
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De même, la société japonaise est basée sur ce modèle, au sens où elle est organisée pour apporter bien-être à sa population tout en lui évitant du stress. C'est donc une société de services, unanimement reconnue mondialement.
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Quand un bébé est malade, toute la cellule est autour de lui, pour lui apporter rapidement les conditions à son prompt rétablissement.
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Pendant les premières années de sa vie, le nouveau-né puis le jeune enfant dort avec ses parents, entre ses parents. Il est l'objet de toutes les attentions et est protégé comme le bien le plus précieux.
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Récemment, quand l'entreprise Toshiba a annoncé des licenciements massifs d'employés, d'autres groupes parmi lesquels Sony, ont annoncé l'embauche de ces mêmes employés.
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Le jeune diplômé est, bien que cela tende à s'atténuer de nos jours, repéré par son futur employeur avant même l'obtention de son diplôme, embauché dès la fin de son cursus universitaire.
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Au sein de l'entreprise, il est ensuite complètement pris en charge et formé par l'entreprise, avant de, petit à petit, pendre de l'avancement tout au long de sa carrière, jusqu'à son départ à la retraite.
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L'avancement n'est pas un avancement au mérite, mais automatique, selon l'âge de la personne.
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Toute une même classe d'âge obtient le même type d'avancement, en même temps, au sein de sa propre entreprise comme au sein de l'ensemble des autres entreprises du Japon.
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Au sein des habitations, la frontière entre le dedans et le dehors est clairement marquée : on quitte ses chaussures dans l'entrée de la maison, on enfile des pantoufles pour l'intérieur de la maison, on change de vêtements, on se lave les mains et même, encore maintenant parfois, on se gargarise.
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La maison est un espace sensiblement homogène (des tatamis, un parquet, une disposition similaire se retrouve dans l'ensemble des pièces), différent de nos maisons occidentales, plutôt hétérogènes (chaque pièce a son environnement bien distinct).
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D'un côté, cette séparation bien marquée dans les esprits.
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De l'autre, à la place de murs en pierre percés de quelques ouvertures, la maison traditionnelle japonaise est faite de fusuma et de shôjis, des cloisons peu épaisses et amovibles.
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Des cloisons externes et internes, qui laissent les habitants à portée d'oreille des voisins. Chacun sait ce que fait son voisin, chaque surveille ce que fait son voisin. Chacun sait que son voisin est attentif à lui (moins maintenant).
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Depuis les temps anciens, les Japonais sont habiles pour prendre du monde extérieur ce qu'ils jugent utiles pour leur vie.
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Ensuite, ils l'adaptent à leurs besoins et à la particularités de leur fonctionnement, et enfin, ils restituent cette version améliorée au reste du monde.
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Par contre, dès lors qu'il n'y a plus cet exemple, ce "ce à partir duquel on va prendre ce que l'on va ensuite transformer et assimiler", le Japon est perdu.
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Le Japon est certes fort pour adapter et améliorer, mais pour créer à partir de rien ? Malgré tout, il compte un nombre significatif de Prix Nobel.
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Le Japon n'a jamais eu à redouter d'invasion de population extérieure du fait de sa configuration géographique : un pays entouré d'eau.
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Les règles, règlements, et autres codes sont établis et respectés par les Japonais, car ils sont avant tout faits pour créer les conditions d'un environnement maternant propice aux conditions d'un bien-être, d'un mieux être de chacun.
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Ils sont donc vécus comme un outils créateur de mieux-être.
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Le shintoïsme côtoie le bouddhisme au niveau de la vie de chacun. Qui plus est, le shintoïsme est une religion qui n'impose pas de règles : un moine peut boire de l'alcool, se marier...
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Le shintoïsme correspond plutôt à "l'atteinte et le maintient" d'un certain état intérieur basé sur l'harmonie.
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La langue japonaise, dans son écriture, comprend différents modes d'écritures : les idéogrammes d'origine chinoise, les syllabaires hiragana et katakana, et le système de transcription alphabétique, se côtoient les uns les autres.
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De même, une personne japonaise peut tout à fait avoir sur un même sujet, deux avis ou du moins deux visions différentes, sans que cela ne pose de problème.
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Egalement, elle peut avoir, à un moment donné une vision des choses puis, à un autre moment, une autre vision, une autre lecture, un autre avis.
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Dans les religions au Japon, le Shintoïsme et le Bouddhisme, il n'est pas question de vie après la mort, au sens chrétien.
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Ainsi, le Japonais ne se retrouve pas dans un état d'espérance d'une vie meilleure après la mort, pas plus que dans une position d'éternelle recherche d'atteinte d'un paradis ni encore dans un état d'esprit qui l'amènerait à développer une vision fantasmée de ce qu'est le Paradis et la vie après la mort.
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Le Japonais, non soumis à cette production qui fait tendre vers ce que l'on n'a pas dans l'immédiat mais que l'on aimerait obtenir plus tard, vit davantage dans l'instant présent, sur  le moment.
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Il est donc logiquement pragmatique.
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De même, les religions japonaises ne font pas référence à une divinité toute puissante et non représentée.
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Dans le Shintoïsme, l'état de divinité se retrouve dans toutes choses, du grain de poussière au brin d'herbe...
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Dans le Bouddhisme, le Bouddha est un être humain, qui a vécu sur Terre autrefois, avec donc une représentation représentée par les artistes de l'époque.
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Le Japonais n'est donc pas porté à se représenter cette divinité ni donc à solliciter et à développer cette capacité de l'esprit qui pousse à la représentation psychique.
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De tout temps, le climat semble avoir été relativement suffisamment clément au Japon pour permettre à ses habitants de récolter de quoi subvenir à leurs besoins.
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De même, du fait de l'organisation sociale des différentes communautés japonaises, organisées sur un mode maternel où l'instance supérieure veille au bien-être de ceux dont elle a la charge, au même titre que la mère, la population a été relativement non sollicitée à anticiper, à vivre dans le futur.
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Ce qui renforce l'ancrage à l'instant présent, à la vie immédiate sur le moment et, dès lors, à mobiliser ses ressources pour améliorer l'existant. Les Japonais sont très forts dans ce domaine.
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Compléments ajoutés par Keishi, après l’envoi du précédent texte, pour confirmation.
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1. J’explique les particularités du Shintoïsme, du Bouddhisme et du Confucianisme.
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Dans le bouddhisme japonais, les préceptes sont devenus très faibles. C’est un effet du Shintoïsme, je pense.
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Comme en Corée et en Chine, le culte des ancêtres est important. Au Japon, il est mélangé de Shintoïsme et de Confucianisme.
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2. J’explique au sujet du groupe, de la communauté. La communauté est basée, dans les villages, sur un système de surveillance mutuelle.
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3. Depuis l’apparition de la pensée newtonienne (fin XVIIe), on a de plus en plus pensé les sociétés occidentales en tant qu’entités homogènes.
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Les maisons, au Japon, ne sont pas un espace homogène. On dit « qu’un fantôme se cache dans les toilettes ».
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4. Dans un article que j’ai écrit pour le N° 3 de la revue « 水路すいろ – Suirô », j’avais donné ce titre « L’individualisme de  la France et le Mondialisme du Japon ».
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Le mondialisme est en opposition avec la notion de Paradis des religions chrétiennes et de l’Islam.
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L’idée de « monde » renvoie « le monde actuel tel qu’il est à l’instant présent ».  Le monde tel qu’il est à l’instant présent ou la société telle qu’elle est sur le moment, c’est le Paradis. C’est pour cette raison que le Japon est une « société de services ».
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''Article paru le 12/11/2015''
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==Discours donné par une victime du bombardement atomique d'Hiroshima==
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*Témoignage de Madame Yoshiko Kajimoto sur son expérience de victime de l'arme atomique, transmis pour l’exposition sur Hiroshima en France, en septembre 2018
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[[Fichier:Zones_Hiroshima.jpg|thumb|250px|left|Zones d'irradiation de la ville d'Hiroshima par la bombe]]
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Bonjour à tous.
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Je m'appelle Yoshiko Kajimoto et c'est un honneur pour moi de pouvoir témoigner aujourd'hui de mon expérience de victime de la bombe atomique.
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Je suis née en 1931, j’ai donc désormais 87 ans.
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Je suis entrée à l'école élémentaire l'année où s'est déclenchée la guerre sino-japonaise en 1937.
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Suite à l'attaque sur Pearl Harbor le 8 décembre 1941, le Japon entrait brusquement dans la Guerre du Pacifique alors que j'étais en cinquième année.
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Puis la bombe atomique a été larguée alors que j'étais en troisième année de collège et la guerre s'est ainsi terminée.
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Pendant tout la durée de la guerre, j’ai passé mes années scolaires dans un système d'enseignement soumis à l’idéologie militariste japonaise.
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Alors que la guerre se prolongeait, toutes les régions du Japon ont commencé à subir des attaques aériennes, le pays était ravagé.
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M’inquiétant que la prochaine cible d’une attaque ne soit Hiroshima, j’étais toujours effrayée par la sirène d’alarme qui annonçait les attaques ; je me précipitais alors dans l’abri antiaérien.
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Mais il était étrange de constater qu'Hiroshima n'était quasiment jamais attaquée.
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Plus tard, on m’a expliqué que la raison est qu'Hiroshima était une ville-cible susceptible de recevoir la bombe atomique.
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A présent, je vais vous parler de mon expérience personnelle, en tant que victime de la bombe.
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Tout d'abord, je vais commenter cette carte.
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Lorsque j'ai été irradiée, j'avais 14 ans et j'étais en troisième année de collège.
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Je travaillais alors dans une usine à 2.3 km au nord de l'hypocentre de l’explosion et j'étais en train de construire un élément d’une hélice pour un avion.
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A cette époque, tous les collégiens devaient travailler en tant que main d'œuvre, sur ordre de la nation.
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[[Fichier:Champignon_nucléaire_Hiroshima.jpg|thumb|250px|left|]] *Le 6 août 1945
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C'était un jour de beau temps sans un seul nuage depuis le matin, tout illuminé par le soleil.
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Il faisait très très chaud.
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Comme il n'y avait pas d'alerte, le travail avait déjà commencé à 8h15.
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J’ai vu alors une lumière bleu pâle passer à travers la fenêtre dans un grand fracas : je me suis dit que c'était une bombe.
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Sur le moment, j'ai pensé que mon heure était arrivée ; je voyais l’image de mon père, ma mère, ma grand-mère et mes trois petits frères défiler devant mes yeux.
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J'avais très peur.
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Je me suis aussitôt couvert les yeux et les oreilles avec mes deux mains, tout en me glissant sous une machine.
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On m'avait bien dit qu’à cause du souffle d'une explosion, les yeux se désorbitaient, la membrane du tympan pouvait se déchirer ; je m'étais entraînée pour faire face à ces situations.
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Alors que je me trouvais sous la machine, il y eut un immense fracas, comme si la Terre avait explosé ; j'avais l'impression que le sol se soulevait.
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Je ne m'en suis souvenue que lorsque j’ai pu me dégager.
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Je m’étais alors retrouvée sous les décombres de l'usine en bois de deux étages ; c'est là que j'ai perdu connaissance.
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Même en étant situé à 2.3 km, le bâtiment est tombé en ruine en un instant.
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Je ne sais pas combien de temps, je suis restée sans connaissance ; j’ai repris connaissance en entendant la voix d’une amie qui criait : "Maman, au secours !" "Professeur, au secours !".
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Je ne savais pas ce qui s'était passé, il faisait si sombre.
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Je me demandais pourquoi je m'étais retrouvée dans un tel endroit, où est-ce que j'étais ?
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J'essayais de bouger mon corps : mes mains et ma tête répondaient, mais mes épaules, mon dos et même mes jambes étaient tout recouverts de gravats et de planches en bois.
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Je ressentais une douleur aiguë au bras droit, et j’ai réalisé que j'étais bien vivante.
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*Dans l'usine
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Au bout d'un moment, j'ai aperçu des pieds devant moi ; en fait, une amie était écrasée par mon corps.
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J'essayais de toutes mes forces de tirer et de remuer ses pieds, alors elle s’est aperçu de ma présence et a crié : "Maman à l'aide, j’ai mal !".
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J'étais heureuse d'entendre sa voix.
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Si cette amie n’avait pas été là, je n’aurais certainement pas eu la volonté de vivre et de sortir des décombres.
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Je lui ai crié : "Nous devons sortir tout de suite, les décombres vont prendre feu".
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Car le professeur disait toujours : "Quand une usine s'effondre, étant donné que l’on fait du feu à l’intérieur, il y aura forcément un incendie.
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Si vous vous retrouvez dans cette situation, sortez le plus vite possible du bâtiment".
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Je voulais sortir par tous les moyens et secourir mes amis, mais seule ma tête arrivait à bouger.
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Alors que je secouais la tête, de la poussière de cendres entrait dans mon nez et dans ma gorge ; ma bouche devenait toute rugueuse, ma respiration douloureuse.
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Les gravats sur mon dos se faisaient de plus en plus lourds, les blessures aux bras faisaient terriblement mal.
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Comme mon corps ne pouvait plus bouger, j’avais des idées noires : Si tout prend feu maintenant, par où vais-je commencer à brûler ?
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Les cheveux ? les jambes ? Qu'est-ce que ça fait de brûler dans un incendie ? Jusqu'à quel point vais-je souffrir au moment de mourir ? Qui trouvera mon corps noir calciné ?
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Effrayée, je me posais toutes ces questions pendant un temps qui m’a  paru interminable.
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Puis, mon amie qui criait, m’a appelée par mon nom.
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Elle a dit : "Je vois de la lumière, sortons d'ici !".
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Nous avons toutes les deux essayé de nous remuer de toutes nos forces.
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Étant deux, nous avions plus de force, et le corps de mon amie est tombé vers le bas. Il devait y avoir une faille.
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Je me réjouissais que nous puissions nous en sortir.
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Cependant ma jambe droite restait coincée dans les débris de bois. Alors que je la tirais de force, mon pantalon s’est déchiré ; je m'étais fortement blessée à la jambe et je saignais beaucoup, mais je ne me souviens pas bien de la douleur. J’étais très contente de libérer ma jambe. En appelant le nom de mon amie, je tenais tantôt son vêtement tantôt sa main et rampais sous les décombres de bois et des machines avec toutes mes forces pour sortir dehors.
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*Une fois dehors[[Fichier:Hiroshima_bombardée.jpg|thumb|300px|right|]]
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Une fois dehors, je vis qu'il n'y avait plus rien dans la ville d'Hiroshima, tout était écrasé, effondré.
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Le soleil projetant sa chaleur aveuglante avait disparu.
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Tout était sombre, on n'entendait pas un bruit ; il y avait une odeur désagréable et étrange comme une odeur de poisson pourri.
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Quelqu’un pleurait en disant : "La ville d’Hiroshima a disparu !".
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Cinq ou six amies étaient également parvenues à s'en sortir.
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L’une avait les cheveux hérissés, le corps tout noirci et saignait à la tête.
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Une autre avait les mains et les pieds ensanglantés.
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Encore une autre avait la chair du bras déchirée et la peau tombait.
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Enfin, une fille avait la jambe dont la chair était arrachée et l’on pouvait apercevoir ses os. Son uniforme était souillé par le sang.
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Elles étaient toutes à moitié folles.
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La camarade qui était coincée sous les même décombres que moi avait des blessures plus graves : ses bras tenaient juste avec la peau, la chair s'était déchirée et on voyait ses os.
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Son état était lamentable, cela me faisait même peur de la voir.
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Mais comme il n'y avait malheureusement ni pansement ni tissu sous la main, la seule chose que j'ai pu faire a été de déchirer un morceau de la manche de mon chemisier, de l'appliquer sur son bras et de le bander.
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Mes jambes aussi saignaient beaucoup, j'ai pu stopper l'hémorragie en les ficelant avec un bandeau par-dessus mon pantalon.
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*Les amies que j’ai aidées.
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Beaucoup de gens étaient restés dans l'usine et criaient, ne pouvant pas bouger.
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Mes amies et moi, pourtant blessées et tout en sang, nous nous efforcions d'écarter les poteaux et les gravats qui les entouraient, de déplacer les machines pour les aider.  Ainsi, nous avons pu les sauver, tous, mais ils étaient incapables de se tenir debout, leurs os étant fracturés.
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Assis ou allongés, ils pleuraient de douleur. Nous ne pouvions rien faire pour les aider.
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[[Fichier:Victimes_Hiroshima.jpg|thumb|300px|right|]]
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*Les gens brûlés sur tout le corps.
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A ce moment-là, les blessés venaient de l'hypocentre, semblables à des fantômes.
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Ils tendaient leurs bras devant eux, la peau toute brûlée et écorchée tombait à la hauteur des ongles.
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C’était comme si des lambeaux pendaient.
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Ils étaient nus.
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Probablement leurs vêtements avaient été emportés ou brûlés.
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Leur visage se gonflait tel un ballon, les lèvres se retournaient et du sang coulait de la tête et du corps.
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Ils étaient en ligne et marchaient d'un pas chancelant, formant comme une file de zombies.
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*Un collégien
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Parmi eux il y avait un collégien qui portait son propre bras arraché ; il se dirigeait vers moi en titubant.
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Après s'être agenouillé, il est mort devant moi. J
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e ne pourrai jamais oublier son visage empreint de peur et de tristesse.
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Brûlé vif, il est mort sans comprendre ce qui s'était passé. Ce pauvre collégien avait certainement lui aussi des rêves et des projets à réaliser…
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Une mère qui portait dans ses bras un bébé mort faisait des va-et-vient en hurlant des mots que je ne comprenais pas. Elle perdait la raison.
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D'autres personnes dans un état absolument déplorable s'étaient rassemblées.
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Ceux-là n'avaient plus rien d'humain dans leur apparence.
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Ces personnes irradiées avaient le corps tout brûlé et étaient gravement déshydratées : elles avaient tellement soif ; elles erraient dans les décombres à la recherche d'un point d'eau.
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Tous les gens qui venaient criaient désespérément : "De l'eau, de l'eau" .
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Mais on dit toujours que les personnes brûlées mourraient après qu'on leur ait donné à boire.
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C’est pour cela que nous ne pouvions pas leur donner d'eau.
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En voyant ces pauvres gens mourir sous mes yeux, je regrettais de ne pas pouvoir leur donner ne serait-ce qu'une gorgée d'eau.
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Il y avait aussi des gens qui culpabilisaient de leur avoir donné à boire, se disant qu'ils étaient morts par leur faute.
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C'est justement à cause du regret tenant à l’impossibilité de leur donner de l'eau et afin de calmer leurs âmes que la fontaine et l’étang du Parc de la Paix d’Hiroshima sont aujourd’hui remplis d’eau.
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*Transporter des amies
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Je pense qu'il était environ midi.
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Des flammes sortaient de la maison voisine.
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Nous discutions pour savoir que faire des amies qui ne pouvaient pas marcher toutes seules.
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Le professeur était parti chercher trois brancards ; en revenant il cria : "Allez vite vous réfugier au parc !".
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Mais aucune d'entre nous ne pouvait bouger.
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Tout le monde était blessé et saignait.
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Mais en voyant le feu s’approcher de nous rapidement, nous ne pouvions pas aller nous réfugier en abandonnant nos amies.
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Nous les avons donc transportées une par une avec quatre autres personnes.
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J'ai moi aussi aidé à les transporter.
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La distance était de plusieurs centaines de mètres entre l'usine et le parc ; je me souviens encore à quel point c'était long et à quel point les corps étaient lourds.
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Mes jambes me faisaient mal.
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Mais nous nous acharnions malgré tout à sauver la vie de nos amies.
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Le parc était alors rempli de gens qui avaient rendu leur dernier souffle une fois arrivés, et de personnes qui souffraient terriblement.
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Nous avons déposé nos amies dans le parc, puis nous nous sommes mis tout de suite sur le chemin du retour.
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*Des cadavres dans la ville. [[Fichier:Victimes_Hiroshima_2.jpg|thumb|300px|right|]]
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A ce moment-là, il y avait beaucoup de corps sans vie aux alentours.
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Je faisais en sorte de ne pas les piétiner en marchant, mais comme leur peau s'était arrachée, je ne pouvais pas faire autrement que de fouler ces peaux visqueuses.
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Je m'en souviens très bien, cette sensation ne s'oublie pas !
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Sur le chemin, il y avait aussi des gens dont les yeux s'étaient exorbités, des gens dont les entrailles sortaient du corps, des morceaux de chair étaient étalés par terre, l'odeur du sang… C'était véritablement l'enfer sur Terre.
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Je circulais en portant un brancard.
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Une petite fille de 14 ans avait perdu sa conscience et ses sentiments humains.
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Je n’avais plus peur, je ne me sentais plus spécialement mal en voyant les cadavres, et je les enjambais sans hésiter.
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A ce moment-là, la ville d’Hiroshima était un enfer. Je ne souhaiterais pas vous montrer un endroit pareil et je ne voudrais pas mourir de cette façon.
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Vous qui avez l'avenir devant vous, une telle situation où l’on s’enfuie en enjambant des cadavres ne doit jamais vous arriver !
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Depuis le parc, nous sommes ensuite tous partis nous réfugier vers le nord d'Hiroshima.
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*Le ciel d’Hiroshima.
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Nous avons passé la nuit au niveau de la digue de la rivière.
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Je pensais à ma famille alors que je voyais le ciel rouge au-dessus de la ville d'Hiroshima enflammée.
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J'étais en larmes et je n'ai pas pu dormir de la nuit.
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Même le deuxième jour, nous avons fait tous nos efforts pour transporter nos amis en un endroit sûr au nord de la ville.
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*Incinération
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Pendant ce temps, des incinérations débutaient ça et là dans le centre de la ville.
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Mais il y avait trop de corps à incinérer et les cadavres endommagés par la forte chaleur de la bombe atomique étaient partout entassés.
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Ils commençaient à pourrir avec la chaleur du soleil ; je ne pourrai vous décrire l'odeur de putréfaction qui se dégageait de leur corps remplis de vers !
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Des gens ont creusé des trous à des endroits inoccupés et au bord de la route.
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Ils y ont déposé les corps et les ont recouverts de gravats.
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Puis ils les ont brûlés, en les aspergeant d'huile.
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J’imagine que cela devait être très douloureux à faire pour eux.
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Il y avait des fumées blanches partout et une odeur nauséabonde était répandue dans toute la ville d'Hiroshima ; la ville entière devenait un cimetière, un crématorium géant.
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Comme je m’y déplaçais, mes vêtements et mon corps étaient imprégnés d’une odeur si horrible que parfois je ne pouvais même pas boire de l'eau.
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Cette odeur est restée sur mon corps pendant un certain temps.
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Pendant trois jours, j'ai ainsi transporté mon amie blessée dans ces conditions jusqu'à un abri au nord.
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[[Fichier:Onigiri.jpg|thumb|190px|left|Onigiri]] *Retrouvailles avec mon père.
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L'après-midi du troisième jour après le bombardement, alors qu'on me disait que mon quartier était resté en bon état, je suis retournée chez moi avec une amie.
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Sur le chemin, nous avons rencontré par hasard mon père.
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Depuis le jour même du largage de la bombe, mon père me cherchait dans les ruines de l’usine, appelant mon nom et retournant les cadavres pour vérifier leur visage.
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Ne pouvant pas me retrouver, il pensait que j'étais morte, surtout après avoir entendu dire que tous les collégiens et collégiennes avaient été tués par la bombe.
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Il s’est réjoui de me voir en bonne santé : "Tu es bien en vie ! Tu es vivante !"
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Il pleurait de joie et m'a pris dans ses bras avec mon amie.
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Ce jour-là, il y avait dans le sac de mon père des chemises blanches et des sous-vêtements de rechange, mais aussi un onigiri enveloppé dans une peau de bambou.
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En ce temps de famine j’imagine qu'il ne devait pas rester de riz à la maison, mais ma mère avait préparé une boulette de riz avec le peu de riz qu’elle avait gardé en cas de besoin.
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Elle souhaitait que mon père m’en donne au moins une bouchée avant que je meure, s’il me retrouvait.
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Elle l'avait préparé pour moi en pleurant, sans même savoir si j'étais morte ou vivante.
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Ayant pris l’onigiri, mon père m'a cherché pendant trois jours en retournant les cadavres.
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En voyant cette boulette de riz, j'ai immédiatement versé des larmes. J'ai alors ressenti l'amour de mes parents.
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*La rivière.
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Ensuite, nous avons tous les trois repris la route ; sur le chemin, nous avons vu une quantité de chevaux et de personnes mortes dans la rivière.
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Les chevaux appartenaient à l'armée : ils étaient morts avec les poils brûlés, la peau apparaissait toute lisse.
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Ces chevaux eux aussi devaient avoir très soif.
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Les sept rivières d'Hiroshima ont été ainsi jonchées de cadavres pendant des jours.
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Une fois rentrée chez moi, je suis restée au lit tout le mois d’août.
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Je n'avais plus d'appétit et j'étais atteinte d'une forte fièvre ; mes gencives saignaient abondamment.
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Ces signaux étaient en réalité les premiers symptômes des radiations.
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Mais puisque personne n’était au courant de ce que sont les radiations, ma mère s’inquiétait énormément de mon état. 
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Du pus s'écoulait de ma plaie sur le bras.
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Une fois rentrée, des vers avaient pénétré la plaie ; ma grand-mère en larmes me les a enlevés un par un à l'aide de baguettes.
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Pendant ce temps, je pleurais moi aussi à cause de la douleur.
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C'était rempli de pus, il n'y avait ni médicaments ni médecins disponibles.
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Au bout de deux mois, j'ai enfin pu consulter un médecin, il m'a retiré sept morceaux de verre de la plaie.
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Comme il n'y avait ni médicaments ni anesthésie, trois personnes m’ont immobilisé pour les enlever, alors que je criais de douleur.
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Mes jambes étant complètement gonflées, je ne pouvais pas marcher pendant un certain moment.
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Malgré tout cela, j'ai pu survivre.
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Mon père, lui, a été irradié alors qu'il se trouvait à la maison qui se trouvait à 2,5 km de l’hypocentre de l’explosion, il n’avait ni blessure ni brûlure.
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Pourtant, un an et demi plus tard, il a commencé à cracher du sang brutalement ; il est mort peu de temps après.
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Je pense que c’était à cause du fait qu’il avait marché dans les ruines de la ville pendant trois jours tout en retournant des cadavres à ma recherche et qu’il avait alors subi des radiations, qui étaient toujours présentes.
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A cette époque, nous ne savions rien au sujet de la bombe nucléaire et des radiations.
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Les radiations étant invisibles et n'ayant pas d'odeur, beaucoup de gens sont allés dans la ville d’Hiroshima pour chercher des proches, tout en ignorant le danger.
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La plupart de ces personnes ont subi les symptômes de l’irradiation : la perte de cheveux, les crachats de sang, puis la mort.
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Le plus terrible concernant les radiations, c’est que leurs ravages sont toujours présents actuellement.
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Alors que 72 ans se sont désormais écoulés, un grand nombre de personnes souffrent toujours de cancers et de leucémie.
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En 1999, j'ai moi aussi été opérée d'un cancer pour extraire 2/3 de mon estomac.
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Beaucoup de mes amis sont décédés d'un cancer.
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Étant moi-même une victime de l'arme atomique, il me faut désormais vivre tout en m'inquiétant pour l'état de santé de mes enfants, de mes petits-enfants et de mes arrière-petits-enfants.
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*Je vais maintenant vous parler de l'après-guerre.
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Un an et demi après l’irradiation, mon père est décédé après avoir craché une grande quantité de sang.
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Ma mère a pu continuer à vivre pendant encore 20 ans, mais elle a passé sa vie à l'hôpital à cause des symptômes dus à la bombe atomique.
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Après le décès de mon père, je devais gagner de l’argent pour s'occuper de ma famille ; je payais les frais de l’hôpital de ma mère et je nourrissais mes trois frères.
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J'ai travaillé comme une folle pendant dix ans. J
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'avais alors un rêve : depuis que j’étais en cinquième année de l’école primaire, je voulais être institutrice.
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J'ai donc intégré une école de formation de professeurs.
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Ce rêve ne s'est cependant pas réalisé.
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Le manque de nourriture était ce qui posait le plus de problèmes dans la vie de tous les jours.
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Je vous en ai déjà parlé tout à l'heure, mais la nourriture n'était vraiment pas suffisante au Japon pendant et même après la guerre.
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Il y avait des jours où mes petits frères, alors en pleine croissance, n'avaient pas de quoi manger à leur faim.
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Après la guerre, il y avait bien le marché noir pour acheter de la nourriture, mais les prix y étaient beaucoup trop chers par rapport à ce que pouvait gagner une jeune fille de 17 ans comme moi.
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La vie était vraiment difficile pour moi.
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D’ailleurs j’ai subi des discriminations : une femme qui avait été irradiée ne pouvait pas se marier.
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L'atomisation est en effet considérée comme contagieuse, voire héréditaire.
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Même si l'on se marie, on ne peut pas avoir d'enfant.
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Si jamais l'on arrive à en avoir, l'enfant sera handicapé.
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Cela ne me dérangeait pas de ne pas me marier, mais ma mère se faisait du souci pour moi.
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Elle pleurait à chaque fois que je faisais l’objet de discriminations, bien qu’elle fût alors elle-même en état de dépendance.
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On disait à l'époque que les personnes mortes dans l'explosion avaient vu l'enfer, mais que ceux qui avaient survécu vivaient aussi un enfer.
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C'est bien vrai.
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J’ai vécu en désirant chaque jour revoir mon père, je voulais que ma mère retrouve sa motricité ; j'éprouvais de la rancœur contre la bombe atomique, contre les États-Unis, mais aussi contre le gouvernement japonais.
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On dit qu'il ne s'est rien passé pendant les dix ans qui ont suivi, mais ces dix années n'étaient que pauvreté, souffrances et discriminations.
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Même l'État n'a rien fait pour nous, les victimes.
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Je me suis mariée l'année où mon plus jeune frère est entré au lycée.
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Mon oncle m'a présenté à mon mari comme étant une victime de la bombe.
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J'ai deux filles, quatre petits-enfants et deux arrière-petits-enfants.
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Lorsque mon mari est décédé il y a 18 ans, ma petite-fille qui était alors en troisième année de collège m'a soudainement parlé du témoignage des victimes de la bombe.
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Elle m'a vivement reproché : "Tu ne dois pas mourir sans partager un mot de ton expérience !".
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Mais j'ai refusé, étant incapable d'en parler devant les autres.
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Alors que 55 ans se sont écoulés, j'ai malgré tout décidé d'écrire sur cette bombe qui ne représente pour moi qu'un horrible souvenir, que je souhaitais simplement oublier.
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J'ai commencé à témoigner de mon expérience en mars 2001.
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A cette époque où je venais de commencer à témoigner, un lycéen américain m'a demandé si j'éprouvais toujours de la rancœur envers les États-Unis, à l'issue d'un témoignage devant des lycéens étrangers.
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Je lui ai dit : "J'ai vraiment détesté les États-Unis pendant dix ans, mais plus maintenant. Le sentiment de haine ne mène à rien et on ne peut pas être heureux dans la vie en haïssant".
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Il m'a répondu : "Je suis désolé.", en baissant profondément la tête.
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Il est vrai qu'il m'est arrivé de ressentir de la haine au fond de moi à certains moments, mais en le voyant, je ne voulais pas que quelqu’un de si jeune comme lui ait à s’excuser.
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J’ai alors compris que tous les Américains désiraient la paix, et à ce moment-là, la rancune a disparu de mon cœur.
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Cela fait maintenant 17 ans.
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[[Fichier:Paix Hiroshima.jpg|thumb|250px|left|Haut du monument de la Paix à Hiroshima]] *Pour finir, voici ce que je voudrais vous demander.
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Lors du bombardement à Hiroshima, 350.000 personnes étaient présentes ; il y avait des habitants, des militaires, des travailleurs venus de la péninsule coréenne ou d'autre pays en Asie.
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A la fin du mois de décembre 1945, 140.000 personnes avaient perdu la vie.
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Nous ne pouvons pas les traiter comme un tout : chacun était unique avec son propre nom, sa propre famille et sa propre vie.
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Personne ne voulait mourir de cette façon.
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L'enfer est apparu sous la forme d’un champignon nucléaire.
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Il existe actuellement sur cette Terre plus de 14.900 de ces armes diaboliques.
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Les bombes actuelles possèdent une puissance cinq mille fois supérieure à celle larguée sur Hiroshima.
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Si on en arrivait à appuyer sur le bouton nucléaire par erreur ou encore si des terroristes venaient à mettre la main dessus, les êtres humains seraient vite anéantis.
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Tant que l'arme nucléaire existe, il y a toujours une possibilité que des terroristes puissent s'en emparer.
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C'est pourquoi, il ne suffit pas d'en réduire le nombre, il nous faut tout simplement abolir l'arme nucléaire.
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Même s'il ne restait dans ce monde qu'une seule bombe nucléaire, cela représenterait un grand danger pour l'humanité.
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Il y a bien des gens et des pays affirmant que disposer de l'arme nucléaire est une nécessité, mais peu importe la raison, c'est le mal absolu.
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L'être humain et une telle arme ne peuvent coexister.
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Nous ne devons pas considérer l'arme nucléaire simplement comme un évènement historique d'il y a 73 ans ; je veux que vous compreniez qu'il s'agit d'une menace et d'un enjeu très actuels.
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En juillet 2017, le traité sur l’interdiction des armes nucléaires a été adopté.
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L'ONG du nom d'ICAN (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires), qui a obtenu le prix Nobel de la Paix, a beaucoup contribué à cette adoption.
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C'est une ONG qui a joué un rôle important dans l’adoption du traité sur l’interdiction des armes nucléaire ; il est donc important que chaque citoyen désire la paix et une société sans armes nucléaires, tout en étant solidaire avec les gens du monde entier afin d'agir ensemble.
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Pour finir, j’ai une demande à vous faire : je vous prie de partager ce que vous avez écouté pendant ce témoignage et vos opinions avec le plus grand nombre de personnes.
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Je vous remercie pour votre attention
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''Article paru le 11/10/2018''
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=='''"Les conséquences du mode de vie des Japonais sur leur corps - la façon de s’asseoir"'''==
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Traduction : Masako et Stéphane (relecture)
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« La technique pour s’asseoir »
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[[Fichier:yukaza.JPG|thumb|300px|left|]|yukaza]] Depuis les temps anciens, les Japonais vivaient à la façon « Yukaza », en vivant directement près du sol ou sur les tatamis.
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L’usage des chaises et des tables s’étant ensuite généralisé, le mode de vie « Yukaza » disparaît désormais peu à peu.
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Du fait de ce changement de mode de vie, du mode « yukaza » au mode « isuza », des changements importants ont affecté le corps des Japonais.
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En effet, pour s’asseoir sur le sol, il faut bien fléchir les chevilles, les genoux et les hanches.
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De ce fait, ce mode de vie entraîne un assouplissement des articulations des jambes.
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Par contre, l’usage de la chaise décharge les chevilles et les genoux.
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Si l’on utilise régulièrement la chaise, on perd en souplesse au niveau des articulations,souplesse qui est nécessaire pour s’asseoir sur le sol.
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De nos jours, de plus en plus d’enfants ne parviennent plus à s’accroupir, du fait d’une perte en souplesse des chevilles.
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Les Japonais ont désormais souvent les pieds engourdis en position « seiza » ou ont des douleurs lombaires en position « agura ».
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Ces difficultés associées au mode de vie « yukaza » proviennent sûrement de ce que les Japonais ont progressivement oublié le savoir-faire d’autrefois, qui leur permettait de s’asseoir et de vivre près du sol.
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Autrefois, la plupart des Japonais pouvaient rester assis tranquillement pendant une demi-journée ou une journée entière pour regarder des pièces de théâtre ou des combats de sumo.
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Il existait très certainement une « technique pour s’asseoir » grâce à laquelle chacun pouvait se détendre toute la journée tout en restant assis près du sol ou par terre.
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Extrait de l’ouvrage de Yatabe Hidemasa « Prendre soin de son corps »
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「すわる技術」
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古来、日本人は床や畳に直接腰をおろす「床坐」の生活を営んできました。
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椅子とテーブルが普及するようになって、現代では床坐の習慣も徐々に失われつつありますが、床坐から椅子坐へ生活スタイルが変化するなかで、私たち日本人の身体に大きな変化が生じました。
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床に坐ることは、足首や膝、股関節(こかんせつ)を深く曲げなければならないので、床坐の生活をしていれば、おのずと脚関節の柔軟性が養われます。椅子を用いることによって、足首や膝への負担は軽減されますが、それが習慣化してくると、床坐に必要な関節の柔軟性が失われてきます。
 +
現代では床にしゃがむことのできない子どもが増えていますが、このことも足首の柔軟性と大きくかかわっています。
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正坐して足がしびれたり、胡座(あぐら)をかいて腰が痛くなったり、床坐にまつわる諸々の問題は、楽に坐るための技術と方法が、時代の変化とともに忘れ去られてしまったからに他なりません。
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かつて日本人の多くは芝居や相撲(すもう)の観戦などをするにしても、半日、一日とくつろいで坐っていることができました。
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床に坐って一日中くつろぐことのできた古来の習慣には、「坐るための技術」が明確に存在していました。
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矢田部英正『からだのメソッド』
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''Article paru le 30/06/2014''
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=='''Les phénomènes de "fantôme" au Japon'''==
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Merci à Yumiko, pour l'article, et à Keishi, pour son aide et sa relecture pour la traduction.
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'''Introduction''' (par un autre auteur que l’auteur de l’article suivant)
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[[Fichier:Fantome.jpeg|thumb|400px|left|]] Parce que la science moderne a « tué » les fantômes, je pense que le Japon n’est plus le Japon.
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C’était rare (jusqu’à la fin de la période d’Edo) qu’un tel pays, dans le monde entier, ait eu une culture qui fût restée fidèle à ses morts (cf Note).
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 +
''Note : Selon la science moderne, actuellement acceptée au niveau du monde entier, les fantômes n’existent pas. Selon cette personne, le Japon passé, pour lequel la « culture des fantômes » était reconnue, n’existerait plus dans le Japon actuel.''
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 +
Les Japonais du passé avaient peur des « malédictions » (au sens des défunts qui revenaient hanter les vivants, sous la forme de leur fantôme).
 +
Par conséquent, même les généraux de l’époque de la Période des Royaumes Combattants (du XVe à la fin du XVIe) ne se livraient pas à des meurtres.
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 +
Les japonais avaient éliminé les fantômes en les considérant comme étant « non scientifiques ».
 +
Selon l’auteur, éliminer« les superstitions » n’est pas culturel (au sens où il considère que « la culture des fantômes » fait partie de la culture japonaise).
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Selon le professeur Kanebishi Kyoshi, de l’université du Tohôku (Nord-est du Japon), « les phénomènes de fantômes qu’ils existent ou pas, là n’est pas le problème.
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Il est important que les personnes ayant vu des fantômes (de défunts qui ne sont pas prêts à accepter leur propre mort (cf note ci-dessous), doivent affirmer leurs existences et écouter leurs voix.
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Il est également important qu’elles respectent aussi les morts sans nier le monde intermédiaire entre ce monde ci et l’au-delà, ce qui sous-entend une reconnaissance indéfectible à la fois de l’existence des fantômes comme du monde intermédiaire.
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''Note : En effet, une personne morte soudainement n’a pas eu le temps d’exprimer ses sentiments, de transmettre ce qu’elle souhaitait transmettre à une personne restante en vie. Pour cette raison, le défunt veut absolument transmettre à une personne restante en vie. Elle revient donc sous la forme de fantôme. Cependant, n’importe qui ne peut pas accepter leur existence et donc entendre leurs voix.''
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'''Les fantômes dans les zones de catastrophe.'''
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*de Satoru Ishido
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Une étudiante, Mlle Yuka Kudô, a écrit un mémoire de fin d’étude sur ce sujet.
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Dans l’ouvrage collectif (dans lequel figure la thèse de Yuka Kudô) « La science des catastrophes naturelles s’ouvre à la spiritualité » (Shinyosha), une partie s’intitule « Les phénomènes de fantômes rencontrés par des chauffeurs de taxi, dans des quartiers fréquentés par les défunts ».
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 +
Mlle Yuka Kudô de l’université du Tohôku, a rassemblé les témoignages de chauffeurs de taxi de la ville d’Ishinomaki, Préfecture de Miyagi, à propos de fantômes.
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Ce sont des chauffeurs de taxi qui ont pris comme passagers des fantômes, dans les zones touchées par le tsunami et le tremblement de terre.
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Cependant, de nombreuses voix se sont élevées sur Internet, comme en témoignent ces quelques extraits : « Les fantômes existent. » « Comme cela n’est pas scientifique, cela n’a pas valeur de thèse. »
 +
 +
Dans les zones de catastrophes, on peut se retrouver face à un questionnement sur la vie et sur la mort et à se questionner sur les « personnes décédées » et sur le « sentiment de perte ».
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Le professeur Kinhishi Kyoshi (sociologue : spécialisé du travail sur le terrain) explique avec un sourire désabusé, à propos de la thèse de fin d’études de sociologie de Mlle Yuka Kudô : « Ces voix qui se sont élevées sur Internet ont mal compris.
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Bien que cette thèse avait pour objectif de réfléchir à la vision de la vie et de la mort et à la manière dont on répond aux morts à travers les phénomènes de fantômes, ces personnes sur Internet ont réduit ces phénomènes de fantôme à de la superstition.(cf note)
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 +
''Note : « superstition », au sens « les fantômes d’une personne décédée qui reviennent pour se venger, cela n’existe pas ».''
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 +
En 1995, lorsque j’ai décidé d’intégrer l’université, j’ai fait l’expérience du grand tremblement de terre de Kobe.
 +
A ce moment-là, j’ai eu un doute quant au point de vue généralement mis en avant (pour considérer cet évènement).
 +
Les autoroutes effondrées, la ville de Kobe avec tous ces dommages. Surtout vue d’en haut !
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J’ai vu beaucoup d’émissions télévisées sur ce qui s’était passé, mais j’avais le sentiment que manquait le point de vue des victimes.
 +
La  reconstruction de la ville, également, n’a pas tenu compte du point de vue des victimes.
 +
En se basant uniquement du point de vue descendant (des politiciens, des architectes « se penchant » sur le problème), en apparence, un plan rationnel a été proposé.
 +
Mais celui-ci ne tenait pas compte du point de vue des victimes.
 +
 +
 +
'''Un sentiment de perte qui ne peut pas être comblée.'''
 +
 +
« Perdre quelqu’un qui nous est important.
 +
Il y a des morts portés disparus.
 +
Mais pas seulement : quelque chose change alors dans le quartier.
 +
Et à ce niveau aussi, il y a un sentiment de perte.
 +
Lorsque l’on pense à la reconstruction, survient une sorte de chagrin : le sentiment qu’on ne peut pas accepter la tragédie survenue dans ce contexte.
 +
On perd quelqu’un d’important et nos proches sont portés disparus.
 +
 +
Avant tout, on doit tenir compte des habitants qui ont leur vison sur la vie, leur vision de la vie et de la mort, et on doit tenir compte de leurs affectivités.
 +
 +
Comment les personnes peuvent-elles faire face, face aux personnes mortes et à la perte ?
 +
Des étudiants ont interviewé des victimes du grand tremblement de terre de l’est du Japon et ont réalisé une enquête.
 +
A propos précisément des phénomènes de fantômes, on considère les régions touchées d’un point de vue prenant en compte la vision de la vie et de la mort, ce qui est un exemple symbolique.
 +
 +
« Entre les vivants et les morts, il y a un état de « mort imprécise ».
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Même pour des gens qui ont perdu leurs proches, la vie et la mort ne sont pas clairement séparées.
 +
Comment peut-on accompagner ceux qui n’ont pas encore trouvé les corps de leurs proches ; ils n’arrivent pas à accepter l’état de fait (la perte du proche) comme étant la réalité et ils n’arrivent pas non plus à accepter leur mort.
 +
L’existence des phénomènes de fantômes remet en question la question de « Comment faire le deuil ? », et oblige à ce que restent à vif les émotions des personnes restantes, abandonnés par les disparus.
 +
 +
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'''Une femme qui portait plusieurs couches de vêtement sous son manteau m’a demandé à être conduite « A Minamihama ».''' (quartier en bord de mer de la ville portuaire d'Ishinomaki)
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 +
Mlle Kudô a interrogé des chauffeurs de taxi à Ishinomaki, où le nombre des victimes s’élève à 3277et à 428 de portés disparus, du fait du tsunami, entre autres.
 +
Quelques extraits de témoignages, figurant dans le mémoire.
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 +
Un chauffeur de taxi (56 ans), dont la fille est décédée pendant la catastrophe, attendait des clients autour de la gare d’Ishinomaki.
 +
C’était tard dans la nuit, au début de l’été et plusieurs mois après la catastrophe du 11 mars.
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Une femme, la trentaine, qui portait un manteau avec de la fourrure, est montée.
 +
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Je lui ai demandé sa destination et voici ce qu’elle m’a dit : « À Minamihama »
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_ (J’ai répondu) « Il y a là-bas encore beaucoup de friches (après le tsunami, les constructions encore debout ont été rasées et les terrains nivelés, avant d’être laissés en l’état). Cela ne vous dérange pas ? Vous n’avez pas chaud avec votre manteau ? »
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_ « Est-ce que je suis morte ?  », a-t-elle répondu, d’une voix qui tremblait.
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Le chauffeur a regardé dans son rétroviseur : il n’y avait personne sur le siège arrière.
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 +
« Dans le grand tremblement de terre de l’est du Japon, il y a eu de nombreux morts, n’est-ce pas ?
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C’est naturel qu’il y ait des gens attachés à ce monde. (pause) A présent, je n’en ai plus peur.
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Même si un autre client portant des vêtements d’hiver en été attendait un taxi, je le monterais. Je l’accepterais comme un client ordinaire. »
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'''« Mon oncle, merci ! », La silhouette de la jeune fille s’est effacée.'''
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Un autre chauffeur (49 ans) a témoigné, en disant qu’il a pris pour passager une jeune fille, de l’âge d’une élève de primaire.
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C’était tard le soir, à l’été 2013.
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Une jeune fille se tenait toute seule, debout.
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Elle portait un manteau, une écharpe et des bottes.
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Pendant qu’il se demandait de quoi, « Je me sens trop seule » a dit la jeune fille.
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Il lui a demandé où elle habitait et quand il l’a raccompagnée jusqu’à chez elle, il lui a lâché la main.
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« Mon oncle, merci ! », tout en le lui disant, sa silhouette s’est évaporée.
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« Je pense qu’elle venait voir son père et sa mère. »
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J’avais l’impression que ce chauffeur de taxi faisait une triste figure quelque part, mais il semblait néanmoins heureux.
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Selon les archives de chacune des sociétés de taxis concernées par la rencontre avec des phénomènes de fantômes, il y a eu des courses non payées. Il est noté que le client ne pouvait pas payer la course.
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'''« Les défunts viennent me voir. »'''
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Dans les zones touchées par une catastrophe, il n’est pas rare d’entendre des histoires de fantômes.
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Pendant mon reportage, je me suis souvenu d’une rencontre.
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Dans un izakaya (bar à saké) de la ville d’Ishinomaki, j’avais entendu de telles histoires.
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Cela va bientôt faire une année depuis le tremblement de terre.
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La femme d’une cinquantaine qui tient le commerce, avait fermé le magasin après le tremblement de terre et avait fait notamment de la soupe au riz, bénévolement.
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On pouvait voir que la situation avait complètement changé.
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Elle dit qu’elle voyait de nombreuses fois, tous les jours, des personnes qui recherchaient leur famille sans trouver l’endroit où elles étaient, et qu’elles s’effondraient en pleurs quand elles les trouvaient.
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« Ils n’ont pas encore trouvé les corps ! Jamais vu quelque chose d’aussi triste ! » 
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« Il se peut que à cause de ça… » (Elle n’est pas allée plus loin.)
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Alors que j’étais seul dans l’izakaya, cette femme a dit tout en remplissant mon verre de bière : « C’est difficile à dire… : des défunts viennent me voir et me demandent de trouver leur corps.» 
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_ « Qui ? »
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_ « Des personnes mortes. »
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« C’était aussi l’année du tremblement de terre, un jour d’été. Alors que j’avançais en voiture dans un quartier sérieusement touché par le tsunami, une femme avec un manteau se tenait debout. »
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_ «  Pourquoi, c’était un manteau de saison ? »
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_ « Passé le moment de surprise, tout de suite après, j’ai voulu vérifier en regardant par le rétroviseur, mais il n’y avait plus personne. »
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Elle racontait en souriant ce qu’elle avait vu, comme si elle racontait un souvenir plaisant.
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'''« Ce que j’ai vu, il ne faut pas appeler cela « fantôme ». » Le chauffeur éprouve un sentiment de respect mêlé de crainte.'''
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Une chose commune entre l’enquête de Mlle Kudô et la mienne, c’est que les personnes qui ont vu des fantômes n’ont pas peur d’eux.
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Elles ne les reçoivent pas comme un simple phénomène mystérieux, mais elles sont respectueuses vis-à-vis des fantômes.
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Mlle Kudô a fait cette même constatation lors de son enquête sur les chauffeurs de taxi.
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« Quand j’ai appelé « fantôme » ce qu’ils avaient vu, il y en a qui se sont fâchés contre moi.
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Je me suis demandée pourquoi ils se sont mis en colère. Je pensais que le mot « fantôme » était empreint d’une connotation de curiosité à l’encontre des défunts.
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Je pensais que c’est le mot qui fait peur et qui soulève un intérêt, au même titre que les phénomènes mystérieux et les photos d’esprits.
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Dès que j’appelais « le fantôme » une personne défunte » ou « une âme (de personne décédée) », ils m’acceptaient et en parlaient.
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Un chauffeur de taxi m’a ainsi demandé : « Tu as eu quelqu’un d’important pour toi qui est décédé ? »
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« Quelqu’un qui est mort, il semble comme endormi.
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On regrette alors d’avoir dû faire autrement. Je me dis que, même s’il était mort, je crois qu’ils (les fantômes) seraient heureux que des personnes viennent les voir. »
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Ils veulent montrer qu’ils comprennent l’existence des « fantômes » et qu’ils les accueillent chaleureusement.
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Mlle Kudô ressent un sentiment de respect mêlé de crainte chez les chauffeurs de taxi.
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'''Entre la vie et la mort, il y a « un état de mort flottante ».'''
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Pour Monsieur Kinhishi, il y a une particularité associée au grand tremblement de terre de l’est du Japon « l’état de mort flottante » a été fréquent et il note : « il y a eu du temps entre le tremblement de terre et l’arrivée du tsunami et il y eu beaucoup de regrets chez les personnes touchées, tels que « Si j’avais agi autrement, j’aurais pu sauver des gens ».
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« L’état de mort flottante », c’est un état pendant lequel les personnes vivantes ne savent pas de façon claire si elles-mêmes sont ou ne sont pas mortes.
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Elles continuent à se demander « Vraiment, les personnes qui me sont chères sont-elles mortes ? ».
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On n’accepte pas la mort.
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Et apparait puis enfle un sentiment de blâme vis-à-vis de soi-même « A ce moment-là, si j’avais téléphoné… » « C’aurait été bien si j’avais pu encore entendre sa voix »
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Même si l’on a fait des funérailles, ce sentiment ne s’est pas éteint.
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'''Le respect pour les morts.'''
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Odajima Takemichi, étudiant du séminaire, a, dans la même ville d’Ishinomaki, effectué des enquêtes auprès des entreprises de pompes funèbres auxquelles avaient fait appel les familles de disparus, pour organiser l’exhumation et la crémation des corps qui avaient été enterrés de façon temporaire.
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Il y avait 672 corps enterrés provisoirement.
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Les employés des pompes funèbres, en tenue d’ouvrier, sans leur tenue de cérémonie, les ont exhumés (car les corps avaient été rapidement ensevelis sans avoir été toilettés. Pour cette raison, et ne pas salir leurs uniformes de cérémonie, les employés étaient vêtus de tenue d’ouvrier, vraisemblablement des bleus de travail).
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Apparemment, du fait qu’ils étaient en tenue d’ouvrier, cela a été considéré par certaines personnes, comme un manque de respect à l’égard des victimes.
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Mais ce n’était pas le cas : c’est plutôt parce qu’ils n’avaient pas le choix.
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Comme c’était la saison des pluies et qu’approchait l’été, avec ses fortes chaleurs, les corps commençaient à se putréfier.
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Il fallait laver soigneusement les corps avant de les mettre dans des cercueils. Donc, ils n’avaient pas d’autre choix.
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Qui plus est, les employés des pompes funèbres joignaient leurs mains sur leur poitrine à chaque mise en bière.
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Egalement, ils n’ont pas utilisé de simples camions pour transporter les corps, afin de respecter les sentiments des proches présents.
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Les pompes funèbres avaient prévu 10 véhicules ressemblants aux voitures mortuaires habituellement utilisées, pour le transport des corps.
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'''Les victimes questionnent « quand les personnes meurent, est-ce la fin ? ».'''
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Nous avons tendance à représenter les décédés ou les disparus par de simples chiffres dans les journaux et les archives.
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Mais, cela occulte l’ histoire de chaque mort, les émotions de sa famille et aussi celles des habitants dans son quartier.
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Monsieur Kinishi se demande si l’on séparait clairement la mort de la vie sur la base de notre propre regard sur la vie et sur la mort, cela signifierait-il que l’on nierait le monde intermédiaire, de même que les émotions de chacune des personnes face à son proche décédé ?
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Monsieur Kinishi indique que, selon l’ouvrage récemment publié « Etude sur les tremblements de terre », de Chikuma Shinsho, un sinistré ayant perdu son enfant collégien a gravé sur le pupitre de son enfant, au collège qu’il fréquentait de son vivant : « Il est très important de reconstruire le quartier. J’aimerais que l’on n’oublie pas qu’il y a eu, ici, des personnes qui ont vécu.
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Une fois qu’on est mort, tout est-il fini ? »
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Monsieur Kinishi dit « A cette question, comment répondre ?
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Comme nous avons témoigné beaucoup de respect à chacune des morts de toutes les nombreuses victimes, nous devrions en avoir appris quelque chose.
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Faire les services commémoratifs sans ressentir de sentiment de deuil, ce n’est pas un vrai deuil.
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Il faut nous mettre davantage du point de vue des victimes. »
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近 代科学が幽霊を “殺して” しまったことで、日本は日本でなくなったとも言えるわけで、世界中でもこれほど “死者” にこだわる文化を持った国は(江戸時代までは)稀だった。
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過去の日本人は「祟り」を恐れるが故に戦国武将ですらむやみやたらに人殺しをすることはしなかっ たのだし、「非科学的」「迷信」と排除することは非文化的な行為である。
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金菱清・東北学院大教授「大事なのは、幽霊現象があるかないかという問題ではない。
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体験した人が『死を受けいれられない』という声に寄り添い、その存在を肯定していること。
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中間領域を消さずに、丸ごと肯定し、死者に対して敬意を払っていることが大事だ」
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'''被災地の幽霊 :'''
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Satoru Ishido
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石戸諭 BuzzFeed News Reporter, Japan
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ある学生が書いた卒業論文が話題になっている。
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「呼び覚まされる霊性の震災学」(新曜社)に収録された「死者たちが通う街—タクシードライバーの幽霊現象」だ。
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東北学院大の工藤優花さんが宮城県石巻市のタクシー運転手が実際にあった幽霊について聞き取り、まとめたものだ。
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津波被災地で幽霊をのせたタクシー運転手がいる。
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そこだけが切り取られ、「幽霊はいる」「非科学的なもので、論文とはいえない」といった声がネットにあふれた。
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現場から問う死生観 『死者』『喪失感』と向き合う
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卒論を指導した社会学者の金菱清教授は、苦笑混じりに語る。
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「幽霊をみることもよりも、幽霊現象を通して死生観、『死者』との向き合い方を考察することがこの論文の主題なのに」
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金菱さんはフィールドワークを専門とする社会学者だ。
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大学進学を決めた1995年に、阪神淡路大震災を経験している。その時、疑問を抱いたのは目線の位置だった。崩れ落ちる高速道路、被害があった神戸市内。強調されたのは上からの映像だ。
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「伝えられる映像の多くは、上空からみる鳥瞰図目線になっていて、そこにいる人の目線が抜けている」復興も同じだ。
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常に地図上の科学的なシミュレーションがベースになり、鳥瞰図から一見、合理的な計画が打ち出される。
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'''割り切れない思い'''
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「大事な人を亡くす、行方不明になる。
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それだけでなく、街そのものが変わったという喪失感がある。
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復興を考えるなら、現場に住む人が持っている人間観、死生観、感情から考えないといけない」
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死者や喪失と人はどう向き合うのか。
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学生たちと東日本大震災の被災地を歩き、インタビューを重ね、調査を続けている。
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幽霊現象はまさに、被災地域の死生観が象徴的に現れている事例だと考えている。
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「生きている人と死者の中間に、行方不明に象徴される『あいまいな死』があります」
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「当事者のあいだでも、生と死はきれいにわかれていない。
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遺体が見つからないため、死への実感がわかず、わりきれない思いを持っている人の気持ちとどう向き合うのか。
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幽霊現象から問われているのは慰霊の問題であり、置き去りにされた人々の感情の問題なのです」
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'''夏場、コートを着込んだ女性は「南浜まで」と告げた'''
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工藤さんがタクシー運転手の体験を聞き取った石巻市では、津波などによる死者は3277人、行方不明者は428人に達している。
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論文から、証言を抜粋してみる。
 +
震災で娘を亡くしたタクシー運転手(56歳)は石巻駅周辺で客を待っていた。
 +
震災があった3月11日から数ヶ月たった初夏、ある日の深夜だった。
 +
ファー付きのコートを着た30代くらいの女性が乗車してきた。目的を尋ねると、女性はこう言った。
 +
「南浜まで」
 +
「あそこはもうほとんど更地ですけど構いませんか。コートは暑くないですか?」
 +
「私は死んだのですか?」
 +
女性は震えた声で応えた。
 +
運転手がミラーから後部座席を見たところ、誰もいなかった。
 +
「『東 日本大震災でたくさんの人が亡くなったじゃない? この世に未練がある人だっていて当然だもの。
 +
(中略)今はもう恐怖心なんてものはないね。
 +
また同じように季節外れの冬服を着た人がタクシーを待っていることがあっても乗せるし、普通のお客さんと同じ扱いをするよ』。
 +
ドライバーは微笑んで言った」
 +
 +
 +
'''「おじちゃん、ありがとう」。少女はすっと姿を消した'''
 +
 +
別 の運転手(49歳)は小学生くらいの女の子を乗せた、と証言している。2013年の夏、時間は深夜だった。
 +
コート、マフラー、ブーツを着た少女がひとりで 立っていた。
 +
不審に思いながらも「ひとりぼっちなの」と話す少女。
 +
家の場所を答えたので、そこまで連れて行き、手をとって少女を降ろした。
 +
「おじちゃん、ありがとう」そう話した少女は、すっと姿を消した。
 +
運転手は「『お父さんとお母さんに会いにきたんだろうな〜って思っている。私だけの秘密だよ』。
 +
その表情はどこか悲しげで、でもそれでいて、確かに嬉しそうだった」。
 +
幽霊現象に遭遇した各タクシー会社の記録では、無賃乗車があった扱いになるという。
 +
客を確かに乗せたが、代金は支払われなかったという扱いだ。
 +
 +
 +
'''「(亡くなった人が)会いにくるの」'''
 +
 +
被災地で幽霊の話を聞くのは決して、珍しいことではない。
 +
取材をするなか、私も思い返したことがある。石巻市内の居酒屋で聞いたこんな話だ。
 +
もうすぐ、震災1年を迎えようという時期だった。
 +
この店を切り盛りする50代女性は、震災後、店を休み、炊き出しなどボランティア活動をしていた。
 +
見慣れた街の様子は一変していた。
 +
遺体を前に泣き崩れる遺族、そして行方が分からない家族を連日探す人々を何度も見たという。
 +
「ご遺体が見つからないんだよ。あんなに悲しいことはないよ」
 +
「だからなのかね…」。
 +
私1人になった店内で、女性は私のコップにビールを注ぎながら、こう口を開いた。
 +
「言いにくいことだけどね、会いにくるのよ。
 +
見つけてほしって」
 +
「誰がです?」
 +
「亡くなった人が」
 +
これも震災の年、ある夏の日だったという。
 +
車で津波被害が甚大だったを走っていたところ、コート姿の女性が立っていた。
 +
「なんで、この季節にコート?」
 +
驚いて通り過ぎたあと、すぐにサイドミラーで確認したが、誰も立っていなかった。
 +
この女性も、楽しい思い出話を語るように微笑みながら話していた。
 +
 +
 +
'''「『幽霊』なんて言うな」 運転手が持つ畏敬の念'''
 +
 +
工藤さんの調査と共通しているのは、恐怖感がないことだ。
 +
単なる怪奇現象ではなく、自分たちが出会った相手への敬意がある。
 +
工藤さんは、タクシー運転手への聞き取りを重ねる中で、こんな経験をした。
 +
「私 が『幽霊』というと、そんな風に言うなと怒る方がいました。
 +
きっと、『幽霊』という言葉に興味本位だと思われる響きがあったからでしょう。
 +
怪奇現象とか、 心霊写真とか恐怖を楽しむような言葉だと思われてしまった。
 +
『亡くなられた方』とか『(亡くなった方の)魂』というと、お話してもらえました」
 +
運転手から、こう問われたこともある。
 +
「きみは大事な人を亡くしたことがあるかい? 人は亡くなると、眠っているように見えるんだ。
 +
あのとき、こうすれば良かったと後悔する。
 +
亡くなっても、会いに来てくれたら嬉しいんじゃないかな」
 +
彼らは「幽霊」の存在に理解を示し、温かい気持ちで受け入れている。
 +
そこにあるのは死者に対する畏敬の念だ、と工藤さんはそう考えている。
 +
 +
 +
'''生と死の中間にある「あいまいな死」'''
 +
 +
金菱さんは、東日本大震災を特徴づけているのは「『あいまいな死』が多いこと」であり、「地震から津波到達まで時間があったため、『もっと自分がこうしていれば、助かったのではないか』という後悔の念が強く起きること」だと指摘する。
 +
「あいまいな死」は、生きている人にとっては、本人が死んだのかどうか明確にはわからない。
 +
「本当に私の大切な人は死んでしまったのか」と問い続け、死を受け入れられない。
 +
そして、「あのとき、電話をしておけば…」「もっと声をかければよかった」と自分を責め続けることになる。
 +
仮に葬儀をしたとしても、その気持ちはおさまえる(おさまる)ことはない。
 +
 +
 +
'''死者への敬意'''
 +
 +
ゼミ生の小田島武道さんは同じ石巻市内で、仮埋葬という形で土葬した遺体を、遺族の要望で掘り返し、さらに火葬した葬儀会社の取り組みを調査した。
 +
土葬された672人もの遺体を、葬儀会社のスタッフたちは作業服姿で掘り起こしにあたった。
 +
作業服姿は敬意を欠いているように思えるが、そうではない。
 +
土葬され、梅雨、夏場が近くなり腐敗も進む、遺体の泥を丁寧に拭い、棺に納めるには作業服しか選択肢がなかったのだ。
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一人一人の遺体に合掌し、効率を優先せずトラックを使わなかった。
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遺族感情を重んじ、霊柩車を模した10台の車で遺体を運んだ。
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 +
 +
'''被災者は投げかける「人は死んだら終わりですか?」'''
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 +
ニュースや記録を通じ、私たちは死者や行方不明者を数字としてまとめてみてしまうことが多い。
 +
しかし、そこには一人一人の死があり、それぞれの家族や地域の感情がある。死も一様ではない。
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自分たちの死生観にもとづいて、生と死をきっぱりわけることは、中間領域の存在を否定することであり、あらゆる死と向き合ってきた当事者の感情を否定することにつながってくるのではないか、と金菱さんは問う。
 +
金菱さんは新刊「震災学入門」(ちくま新書)の中で、中学生の子供を亡くした被災者が、生前に通っていた中学校で使われていた机に刻んだ言葉を紹介している。
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「街の復興はとても大切なことです。
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でも沢山の人達の命がここにある事を忘れないでほしい。
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死んだら終わりですか?」
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金菱さんは言う。
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「この問いにどう応えるでしょうか? 被災地の人々が多様な死者へ払っている敬意から私たちはもっと学ばないといけない。
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死者の思いを受け止めない慰霊は、誰の感情に寄り添っているのか。
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もっと被災者の視点から問われないといけないのです」
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https://www.buzzfeed.com/satoruishido/higashinihon-earthquake-yurei?utm_term=.xibz3mNaQ#.nj06PXlq9
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''Article paru le 13/02/2017''
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=='''Covid 19, l'autocontrôle des Japonais'''==
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'''1ère anecdote'''
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[[Fichier:Japonais_masqués.jpg|thumb|400px|left|]]
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A l'issue du premier déconfinement, fin juin 2020, une amie japonaise avait souhaité retourner au Japon, à Kyôtô, comme chaque année, pour y passer les deux mois de l'été avec sa grande fille, avant d'être rejointe par son mari français début août.
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Face à la situation sanitaire compliquée, elle avait finalement pu trouver un vol, qui lui permettait de retourner dans sa famille, début août.
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Seule avec sa fille, car le mari français ne pouvait alors pas rentrer sur le sol japonais sans passer deux semaines de quarantaines (sur les 3 semaines prévues), elle aurait pu effectuer son voyage et son séjour.
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A l'arrivée à l'aéroport d'Osaka, son beau-fère serait venu les chercher dans son véhicule privatisé, pour les conduire jusque dans leur maison de Kyôto.
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Elle y serait ensuite restée deux semaines à l'isolement, ses parents agés habitant séparément, dans la maison d'en face.
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La connaissant, elle aurait respecté scrupuleusement les mesures sanitaires et de disptancciation forement recommandées par les autorités.
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Cette fois, après deux report de leur séjour, du fait de l'annulation des vols par les compagnies aériennes, elles auraient pu se rendre au Japon.
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D'autant que le papa de mon amie étant très malade, ce séjour était considéré par sa fille comme peut-être la dernière chance de pouvoir voir son papa en vie.
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Finalement, sa maman lui avait demandé au bout du compte, de renoncer à son voyage.
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Pourquoi ?
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Finalement, ce n'était pas tant la maman ni la famille de la soeur de mon amie qui auraient été contre, bien au contraire !!
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Néanmoins, à contre-coeur, la maman avait préféré faire le choix de demander à sa fille de ne pas venir.
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La raison invoquée : après leur retour en France, à l'issue de leur venue à kyôto, si dans le voisinage des cas de Corona virus se déclaraient, chacun des voisins aurait pu incriminer cette fille d'ici qui était venue de France et aurait apporté avec elle le Corona virus !!
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"c'est la fille X, qui a apporté le virus. C'est son égoïsme et celui de sa famille qui nous ont apporté la maladie.".
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"Ils n'ont pas pensé au groupe...."
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A coup sûr, sa famille aurait été immanquablement blâmée et mise au ban de la communauté...
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'''2nde anecdote'''
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Je faisais, ce mardi 24 novembre, notre échange linguistique hebdomadaire à distance, avec Y., qui habite à 1h45 au sud de Tôkyô.
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Dans le courant de notre échange, je lui demandais comment était la situation au Japon et particulièrement à Tôkyô, du fait de l'épidémie de Covid."
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Y a-t-il comme en France des interdictions d'ouvrir pour les commerces non essentiels ?
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Y a-t-il aussi comme en France une limitation de sortie à 1h et à 1km de chez soi ?
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... ??
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"Tous les magasins sont ouverts, Y. m'expliqua.
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Bien sûr, dans les transports en commun, tous portent le masque.
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Une fois dehors, dans la rue, il y a des personnes qui ne portent pas le masque."
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Face à mon étonnement, elle poursuivit :
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"Le gouvernement n'interdit pas aux commerces d'ouvrir.
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Il n'oblige rien mais il laisse le choix à chacun."
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Mais, rapidement, elle ajouta :
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"Les restaurants, les izakaya, sont ouverts, mais il n'y a personne.
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Les magasins sont tous ouverts comme d'habitude, mais il n'y a pas de client.
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 +
Dans la rue, si quelqu'un de porte pas le masque, tout le monde le regarde, avec insistance.
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Si quelqu'un va dans une boutique, les gens le regardent et se disent entre eux "Tu vois cette personne, pourquoi elle rentre ici ?! Pourquoi elle va dans ce magasin ?!...
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Elle pense d'abord à elle... Elle ne pense pas au groupe..."
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De cette façon, même si officiellement tout le monde peut faire comme il le souhaite et que le gouvernement n'interdit rien, chacun s'autocontrôle, voire s'autocensure.
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Par crainte du qu'en dira-t-on, du regard des autres et du groupe. Par peur d'être mis à l'index du groupe.
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''Article paru le 28/11/2020''

Version actuelle en date du 28 novembre 2020 à 10:22

Que connaissons-nous de la réalité quotidienne de cette société japonaise ?

La politique et l’économie nous en sont généralement méconnues.

La rubrique suivante vous en donnera un aperçu.



Sommaire

La leçon des catastrophes...

Le Japon dévasté


Suite au terrible tremblement de terre, au tsunami et aux graves accidents survenus à la centrale nucléaire de Fukushima (11 mars et jour suivants), les Japonais réagirent stoïquement et même héroïquement pour certains, forçant l'admiration du monde entier et plus particulièrement des Français et de nos médias.

Les accidents en chaîne étaient encore pleinement actuels que déjà nombre de Japonais commencèrent à en tirer des leçons pour éviter que cela ne se reproduise et pour préparer un avenir plus radieux.

Dans l'article ci-dessous, Yukiko nous livre son vécu de la situation actuelle à Tokyo et ses premières réflexions sur l'utilisation et même le gaspillage d'électricité de la société japonaise.




  • ゆき子 - Yukiko


A Tokyo où nous sommes, nous n’avons accès aux nouvelles concernant le Tôhoku (région nord-est du Japon) qu’à travers la télévision. A cause du tsunami, des villages ont été emportés, beaucoup de personnes sont décédées ou sont portées disparues. Une centrale nucléaire a explosé et beaucoup de personnes sont exposées aux radiations. En regardant les informations à la télévision, on comprend très bien qu’il y manque de la nourriture et qu’il fait froid, ce qui me fait pleurer.

Il n’y a que des articles qui me serrent le cœur, mais on ne peut pas tout le temps déplorer cette situation. Tout le monde a envie de faire quelque chose.

Parmi les personnes que je connais, il y a des personnes, semble-t-il, qui se rendent dans des endroits où il y a des bâtiments qui valent la peine d’être sauvegardés, bien qu’ils soient dangereux. Face à la question de savoir ce qu’il serait bien de faire soi-même, je crois qu’il est important que chacun décide lui-même ce qu’il pourra faire.

Même à Tokyo, il y a de nouvelles secousses et, actuellement aussi, la terre tremble. Ca fait très peur. A Tokyo, à cause de la panique, il n’y a plus de produits alimentaires dans les magasins. Il semble que l’on ne puisse également plus acheter d’essence pour les voitures. Hier aussi, comme le gouvernement avait prévenu qu’il y aurait des coupures d’électricité à Tokyo, les employés se sont précipités à la gare et les gens inondaient le quai

Je pense que c’est contradictoire que, parce que l’on a froid, tout le monde utilise l’air conditionné et le chauffage, alors que nous devrions faire quelque chose pour les gens qui ont eu à subir le désastre du tremblement de terre. Les gens, alors qu’ils devraient faire quelque chose pour les autres, ils font cela… Je ne critique pas, mais dans ma galerie (d’art), je n’utilise pas l’électricité en ce moment, pour l’économiser. Pour le chauffage aussi, je n’utilise pratiquement pas le gaz actuellement. Je vais aussi au temple (pour prier). Je fais ce que je peux.

Je pense que c’est étrange que les centrales nucléaires produisent de l’électricité pour tout le pays, mais c’est à cause de cela que la majorité des habitants ne peut pas être approvisionné en électricité. Toujours est-il que la quantité d’électricité utilisée dans le Japon d’aujourd’hui est étrange. Au Japon, dans les grands magasins, les trains, les entreprises, …, pour que la température soit maintenue froide en été et chaude en hiver, on utilise l’électricité 24h / 24h. Pourquoi est-ce ainsi, …, j’y pense tous les jours. Il n’y a aucune limite imposée aux gens concernant l’utilisation de l’électricité. S’il y en avait, je pense que nous n’aurions pas besoin de centrales nucléaires.

Dans les grands magasins, pour économiser l’électricité, il pourrait y avoir des périodes de fermeture ou les magasins pourraient fermer plus tôt. Et même, rien n’oblige à éclairer autant, du moment qu’il fait assez clair pour permettre aux gens d’y voir clair. Mais si on ferme plus tôt, les gens seront moins payés et ils pourront acheter moins de choses. Ce serait triste.


東京にいる私たちも東北のことはニュースでしかわかりません。村が津波で流されたり、多くの方が亡くなり、見つからない方も多いです。 原子力発電所が爆発し、多くの方が被爆しています。食べ物もなく寒くて大変な様子は、ニュースだけでも伝わり、涙がでてきます。

誰もが心が痛む記事ばかりですが、悲しんでばかりはいられません。誰もが何かをしてあげたいと思っています。

私の知り合いの中には、保存に値する建物の状態を確認するために危険を顧みず、現地に行っている人もいるそうです。何をしたらいいのかは、自分で決めることが大事だと思います。

東京でも余震は続き、今も揺れています。とても怖いです。東京ではパニックで、スーパーに食材が何も売っていません。車のガソリンも買えないそうです。昨日も停電になると国家が放送したそうで、会社員が電車に押し寄せ、ホームに人が溢れていました。その原因は、急に寒くなり電気を皆が使用したせいだそうです。

震災にあった方の不自由さを思うと、何かしなければと思うのに、みんなが寒くなったからエアコンやヒーターを使うというのは矛盾しますね。人は、誰かのために何かをしてあげたいと思う反面、そういったことをしてしまう。それを非難するつもりはありませんが私のギャラリーでは、節電のため、電気をつけていません。ストーブがあるので、ガスもほとんど使いません。お寺にお参りに行っています。私は私なりにできることをしています。

私は原子力発電所を地震大国に作るのはおかしいと思っていますが、そうすると電気は一般市民に供給されなくなるでしょう。でも今の日本は電気の使用量はおかしいです。日本の百貨店、電車や企業は、冬暑くて、夏寒い温度設定ですし、電気が24時間点いています。なんでこんなに使用しているのかと・・・日々思っています。人が最低限どのくらい電気を使えば支障がないのか、そうしたら原子力発電所はいらないかもしれません。

百貨店では、電気を節約するために、休館にしているところや、節電のため早めに閉めるところもありますが、電気はそのまま、こんなに明るくしなくても見えるのにというくらい明るいのです。休館にすれば、人件費が支払われませんし、買うこともできません。なんだか悲しくなります。


Article paru le 23/03/2011



Masako

(43 ans) - En France depuis 1991

  • "Discussion autour du nucléaire, des Japonais et de leur gouvernement"

Correspondance entre Stéphane et Masako

Alors que nous échangions autour de la réaction des Japonais face aux conséquences de la catastrophe de Fukushima, et alors que je m’étonnais de leur manque de contestation (du moins d’après ce que je pouvais en savoir depuis Paris), Masako m’envoya le point de vue de Kajikawa Yasashi :

独立国家の中でも民主化が最も困難なのは、明らかに日本国である。 これほどの放射線量でも暴動を起こさないで 静かに受容的な未来を待っている。 絶望からも絶縁している超国家からの恩恵は何もない。

« Parmi les pays indépendants, celui qui est le plus difficile à démocratiser, c'est évidemment l'état japonais. Son peuple ne se révolte pas malgré une telle quantité de la radiation, ils attendent le futur calmement et passivement. Le super-Etat qui est même séparé du désespoir ne leur donne aucun bienfait. »

梶川 泰司 (Kajikawa Yasashi) Architecte contemporain, disciple de Richard Buckminster Fuller http://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Richard_Buckminster_Fuller

Je répondis comme suit : 上の意見は大分厳しいですよね。 西洋的な見方をすれば、彼の考えに同意できます。でも、問題になっているのは西洋人ではなく、日本人です。ですから、この場合において、彼の考えはあまりに単純化されすぎていると思います。日本人の昌子さんは、彼の意見について、どう思いますか。

Je trouve que le point de vue ci-dessus est assez dur, n’est-ce pas ! Si je considère les choses d’un point de vue occidental, je suis d’accord avec ce point de vue. Mais il ne s’agit pas d’Occidentaux, plutôt de Japonais. Dans ce cas, je pense que ce point de vue est trop simpliste.Vous qui êtes japonaise, Masako, qu’en pensez-vous ?


Ci-dessous, la réponse de Masako :

この梶川さんという人は若くしてアメリカに行って、仕事をした人なので、 かなりアメリカナイズされている部分はあります。 確かに福島周辺、関東の人たちの中には避難したくても、できない状況の人もいるでしょうから、避難しないことを一方的に批判するのは、かわいそうかもしれません。しかし、現在の日本は、梶川さんがこのように厳しいことを言いたくなるような状況なのでしょう。 日本人の従順さは、長所の一つかもしれませんが、危機的状況に陥った時には、 自分で考えたり、行動したりすることができないというデメリットがあります。 今や、政府による情報操作は確実に行われています。原発に反対したり、放射線物質による汚染の危険性を訴える人は、テレビに出られなくなったり、ポストを失ったりしています。 つい最近わかったことですが、外国から輸入された放射線測定器(ガイガーカウンター)が政府の差し金で空港の倉庫にずっと置かれたままだったそうです。 つまり、個人で放射線量を調べられると困るというわけです。 このような状況では、テレビや新聞を見たり読んだりしているだけでは、正確な情報がわかりません。 ネット上には色々な情報がありますが、あまり反政府的なことを書いていると、サイトを強制的に閉鎖されたりするようです。 また、ネット上でみんなが聞いていやなこと、直視したくない現実についてはっきり言う人は、「デマ」だと言って攻撃されます。 これも政府の工作員がやっているという噂があります。 こう考えてみると、日本には表現の自由がないことになります。 お隣の中国のように、「うちは共産党一党独裁ですから」とはっきり打ち出していたら、検閲があることもみんなわかっているのですが、日本のように民主国家という看板をかかげていて、実際には検閲を行っている場合、外部からは非常にわかりにくいです。 まあフランスも同様かもしれませんが。

Ce Monsieur Kajikawa est parti, jeune, aux Etats-Unis et il y a travaillé. C’est pourquoi je pense qu’il y a une partie de lui-même qui s’est américanisée.

Parmi les gens habitant autour de Fukushima, voire du Kanto, certains n’ont pas eu la possibilité de se mettre à l’abri en évacuant leur région. Il est donc injuste de critiquer ces gens-là qui ne se mettent pas à l’abri. Cependant, à propos du Japon actuel, la situation serait telle que la décrit Kajikawa de cette façon sévère.

L’obéissance des Japonais est une vertu, me semble-t-il, mais il y a aussi des inconvénients : ils ne peuvent pas penser ni se comporter par eux-mêmes en cas de situation critique. Actuellement, il est certain que le gouvernement manipule les informations. Parmi les gens qui s’opposent à l’énergie nucléaire et parlent de la contamination des radiations nocive pour la santé, ces gens-là n’apparaissent plus à la télévision et ils perdent leur travail.

Je l’ai appris récemment : des compteurs Geiger, importés de l’étranger ont été laissés assez longtemps dans les entrepôts de l’aéroport à la demande du gouvernement. Parce qu’il était considéré comme gênant que la quantité de radiation puisse être vérifiée individuellement.

De telles situations, on ne peut pas en avoir des informations correctes en regardant les télévisions ou en lisant les journaux. Par contre, sur le Net, on peut trouver plein d’informations, mais si on écrit des choses anti-gouvernementales, le site semble rapidement être fermé de force.

De plus, on attaque ceux qui s’expriment franchement sur le Net, par des propos déplaisants pour tous et en considérant leur propos sur la réalité que l’on ne veut pas voir comme étant des « rumeurs ». Des bruits circulent disant que le gouvernement en serait l’instigateur.

Si on y réfléchit, il n’y a pas de liberté d’expression au Japon. Comme chez notre voisin la Chine, si on dit clairement « ici, c’est la dictature du Parti communiste », tout le monde sait qu’il y a une censure. Mais, comme le Japon s’affiche en tant que Pays démocratique, effectivement, si la censure intervient, c’est difficile de le savoir de l’extérieur.

Mais, je pense que c’est aussi la même chose en France.


Article paru le 01/09/2011


Discours donné par une habitante de Fukushima lors de la conférence du 19 septembre 2011 sur l’énergie nucléaire

Bonjour à tous. Je viens de Fukushima. Aujourd’hui, je suis venue ici avec de nombreux amis du département de Fukushima ou des logements provisoires. Ils sont nombreux à participer pour la première fois à une conférence ou à des manifestations. Nous sommes venus assister à cette conférence pour transmettre notre tristesse causée par l’accident nucléaire de Fukushima et pour crier : « Nous n’avons pas besoin de centrales nucléaires ! »

Tout d’abord, je voudrais vous dire une chose. J’ai un profond respect envers chacune des personnes qui font des efforts pour protéger leur vie depuis le 11 mars. Et je tiens à remercier les gens qui ont soutenu si gentiment les citoyens de Fukushima.

Ensuite, je voudrais m’excuser sincèrement auprès des enfants et des jeunes, pour leur avoir donné une si grande peine suite à cet accident, en tant que membre de la génération à l’origine de cette réalité. Je suis vraiment désolée.

Fukushima est une très belle région. A l’est, il y a l’océan pacifique bleu foncé. Au centre, c’est la région de production des fruits : pêche, poire, et pomme. Autour du lac Inawashiro et du mont Bandai, la plaine Aizu s’étend et l’on y voit les épis de riz dorés. Au-delà de cette plaine, ce sont les montagnes. C’est notre pays natal avec ses montagnes vertes et son eau pure.   Depuis l’accident nucléaire du 11 mars, des produits radioactifs transparents tombent sur nous, faisant ainsi de nous des Hibakusha (victimes de la bombe atomique).

Dans ce contexte de grand trouble social, plein de choses nous sont arrivées. D'un côté, le discours du gouvernement rapidement énoncé pour promouvoir la sécurité et, d’un autre côté, l’angoisse, les ruptures mais aussi les retrouvailles pour les habitants. Dans la région, sur les lieux de travail, dans les écoles et dans les familles, tant de personnes ont été tourmentées et ont eu du chagrin.

On est obligé de prendre des décisions tous les jours. Doit-on chercher un refuge ou non ? Doit-on manger ou non ? Doit-on faire sécher le linge dehors ou non ? Les enfants doivent-ils porter un masque ? Doit-on cultiver les champs ou non ? Doit-on s’exprimer ou se taire ? Nous avions et avons tant de décisions difficiles à prendre.

Finalement, ces six derniers mois ont révélé les choses suivantes : - La vérité est cachée. - Le gouvernement ne protège pas les populations. - L’accident n’est pas encore terminé. - Les citoyens de Fukushima sont des cobayes pour les expériences nucléaires. - Des déchets nucléaires subsistent en grande quantité. - Ceux qui font la promotion de l’énergie nucléaire oublient le prix payé par de nombreuses victimes. - Nous avons été abandonnés.

Nous poussons des soupirs à cause de la fatigue et du chagrin absurde tout en prononçant ces mots : «  Ne vous moquez pas de nous ! Ne nous tuez pas ! »

Les citoyens de Fukushima se lèvent doucement et surmontent leur colère et leur tristesse. Parmi eux : - les mères, les pères, les papis et les mamies afin de protéger les enfants, - les jeunes qui veulent avoir un avenir, - les ouvriers, qui désirent aider les travailleurs de la centrale nucléaire exposés à une grande quantité de radiation, - les paysans dont la terre est contaminée, - les handicapés qui ne veulent pas qu’apparaisse une nouvelle discrimination à cause de la radiation, - chaque citoyen.

Nous mettons en cause la responsabilité de l’état et de TEPCO. Nous crions que nous n’avons plus besoin de centrales nucléaires. Nous sommes maintenant des ogres du Tohoku en colère (région du nord du Japon).

Nous, les citoyens de Fukushima, ceux qui quittent le pays et ceux qui y restent, nous vivrons ensemble en partageant les souffrances, les responsabilités, et les espoirs

Soyez solidaire avec nous. Prêtez attention à nos actions.

Nous négocions avec le gouvernement, assistons aux délibérations sur l’évacuation des citoyens, réfléchissons sur des sujets tels que le problème des refugiés, la décontamination, la mesure de la quantité des produits radioactifs, l’énergie nucléaire. Et nous allons partout pour parler de la situation de Fukushima. Aujourd’hui, certains amis font un discours à New York. Nous regarderons tout ce que nous pouvons faire. Aidez-nous. N’oubliez pas Fukushima, s’il vous plaît.


Je voudrais également parler d'une autre chose : notre façon de vivre.

Nous devons imaginer le monde qui est de l’autre côté de la prise électrique. Il faut garder à l’esprit que la vie pratique et le développement sont basés sur la discrimination et le sacrifice. La centrale nucléaire est (après la prise électrique) au-delà de ce monde pratique.

Les êtres humains ne sont qu’une des espèces des êtres qui vivent sur la Terre. Existe-il des êtres vivants qui sacrifient eux-mêmes l’avenir de leur propre espèce ? Je voudrais vivre en tant qu’un être vivant tout en gardant l’harmonie avec cette belle planète Terre. Je voudrais mener une vie créative en trouvant un moyen pour ne pas gaspiller de l’énergie.

Comment peut-on créer un nouveau monde qui serait à l’opposé du monde actuel existant avec l’énergie nucléaire ? Ce que l’on peut faire, c’est ne pas obéir à ce qui est décidé par quelqu’un. Chacun d’entre nous doit décider ce qu’il peut faire et agir en réfléchissant sérieusement lui-même et en ouvrant clairement son esprit. Rappelons-nous que chaque personne a cette force.

Nous avons tous le courage pour changer. Regagnons la confiance que l’on nous a fait perdre. Et restons ensemble.

Si la force, qui continue à promouvoir l’énergie nucléaire, est comme un mur qui s’élance verticalement, notre force s’étend horizontalement et indéfiniment et elle continue à s’unir à d’autres forces. Maintenant, prenez doucement la main de votre voisin. Regardez et écoutez la douleur de chacun. Pardonnons les colères et les larmes. Propageons la chaleur de cette main.

Même si notre peine est lourde et que notre chemin est très dur, vivons joyeusement en nous soutenant mutuellement.


みなさんこんにちは。福島から参りました。 今日は、福島県内から、また、避難先から何台ものバスを連ねて、たくさんの仲間と一緒に参りました。初めて集会やデモに参加する人もたくさんいます。福島で起きた原発事故の悲しみを伝えよう、私たちこそが「原発いらない」の声をあげようと、声をかけ合いさそい合ってこの集会にやってきました。

はじめに申し上げたい事があります。

3.11からの大変な毎日を、命を守るためにあらゆる事に取り組んできたみなさんひとりひとりを、深く尊敬いたします。それから、福島県民に温かい手を差し伸べ、つながり、様々な支援をしてくださった方々にお礼を申し上げます。ありがとうございます。

そして、この事故によって、大きな荷物を背負わせることになってしまった子供たち、若い人々に、このような現実を作ってしまった世代として、心からあやまりたいと思います。本当にごめんなさい。

みなさん、福島はとても美しいところです。東に紺碧の太平洋を臨む浜通り。桃・梨・りんごと、くだものの宝庫中通り。猪苗代湖と磐梯山のまわりには黄金色の稲穂が垂れる会津平野。そのむこうを深い山々がふちどっています。山は青く、水は清らかな私たちのふるさとです。

3.11原発事故を境に、その風景に、目には見えない放射能が降りそそぎ、私たちはヒバクシャとなりました。

大混乱の中で、私たちには様々なことが起こりました。すばやく張りめぐらされた安全キャンペーンと不安のはざまで、引き裂かれていく人と人とのつながり。地域で、職場で、学校で、家庭の中で、どれだけの人々が悩み悲しんだことでしょう。

毎日、毎日、否応無くせまられる決断。逃げる、逃げない? 食べる、食べない? 洗濯物を外に干す、干さない? 子どもにマスクをさせる、させない? 畑をたがやす、たがやさない? なにかに物申す、だまる? さまざまな苦渋の選択がありました。

そして、今。半年という月日の中で、次第に鮮明になってきたことは、 ・真実は隠されるのだ ・国は国民を守らないのだ ・事故はいまだに終わらないのだ ・福島県民は核の実験材料にされるのだ ・ばくだいな放射性のゴミは残るのだ ・大きな犠牲の上になお、原発を推進しようとする勢力があるのだ ・私たちは棄てられたのだ

私たちは疲れとやりきれない悲しみに深いため息をつきます。 でも口をついて出てくる言葉は、「私たちをばかにするな」「私たちの命を奪うな」です。

福島県民は今、怒りと悲しみの中から静かに立ち上がっています。

・子どもたちを守ろうと、母親が、父親が、おばあちゃんが、おじいちゃんが・・・ ・自分たちの未来を奪われまいと若い世代が・・・ ・大量の被曝にさらされながら、事故処理にたずさわる原発従事者を助けようと、労働者たちが・・・ ・土を汚された絶望の中から農民たちが・・・ ・放射能によるあらたな差別と分断を生むまいと、障害を持った人々が・・・ ・ひとりひとりの市民が・・・

国と東電の責任を問い続けています。そして、原発はもういらないと声をあげています。私たちは今、静かに怒りを燃やす東北の鬼です。

私たち福島県民は、故郷を離れる者も、福島の地にとどまり生きる者も、苦悩と責任と希望を分かち合い、支えあって生きていこうと思っています。

私たちとつながってください。私たちが起こしているアクションに注目してください。

政府交渉、疎開裁判、避難、保養、除染、測定、原発・放射能についての学び。そして、どこにでも出かけ、福島を語ります。今日は遠くニューヨークでスピーチをしている仲間もいます。思いつく限りのあらゆることに取り組んでいます。

私たちを助けてください。どうか福島を忘れないでください。

もうひとつ、お話したいことがあります。それは私たち自身の生き方暮らし方です。

私たちは、なにげなく差し込むコンセントのむこう側の世界を、想像しなければなりません。便利さや発展が、差別と犠牲の上に成り立っている事に思いをはせなければなりません。原発はその向こうにあるのです。

人類は、地球に生きるただ一種類の生き物にすぎません。自らの種族の未来を奪う生き物がほかにいるでしょうか。私はこの地球という美しい星と調和したまっとうな生き物として生きたいです。ささやかでも、エネルギーを大事に使い、工夫に満ちた、豊かで創造的な暮らしを紡いでいきたいです。

どうしたら原発と対極にある新しい世界を作っていけるのか。誰にも明確な答えはわかりません。できうることは、誰かが決めた事に従うのではなく、ひとりひとりが、本当に、本当に、本気で、自分の頭で考え、確かに目を見開き、自分ができることを決断し、行動することだと思うのです。 ひとりひとりにその力があることを思いだしましょう。

私たちは誰でも変わる勇気を持っています。奪われてきた自信を取り戻しましょう。そして、つながること。

原発をなお進めようとする力が、垂直にそびえる壁ならば、限りなく横にひろがり、つながり続けていくことが、私たちの力です。たったいま、隣にいる人と、そっと手をつないでみてください。見つめあい、互いのつらさを聞きあいましょう。怒りと涙を許しあいましょう。今つないでいるその手のぬくもりを、日本中に、世界中に広げていきましょう。

私たちひとりひとりの、背負っていかなくてはならない荷物が途方もなく重く、道のりがどんなに過酷であっても、目をそらさずに支えあい、軽やかにほがらかに生き延びていきましょう。

Article paru le 22/10/2011


Fukushima Renaissance

会津 太郎(あいづ たろう Aizu Tarô) Habite au Japon, à Kanagawa. N'est jamais venu en France

Tarô san est un passionné de poésie. Particulièrement, il écrit de nombreux 五行詩 (gogyoshi), des poèmes en 5 lignes (http://fr.wikipedia.org/wiki/Gogy%C5%8Dshi), qu'il traduit et publie dans différentes langues, dont en français.

Takizakira


Le 28 avril, je me suis rendu à Miharu, dans la préfecture de Fukushima,pour voir Takizakura. Il était très beau, comme d'habitude. J'ai passé deux heures avec lui sous un beau jour de printemps.

Mille ans / coulent dans tes fleurs / Takizakura

千年の / 時が流るる / 桜かな


Takizakura est un cerisier pleureur ("Taki" signifie cascade en japonais). Il est âgé de plus de 1000 ans. Il se trouve non loin de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

Pour écouter le compte-rendu de voyage de Tarô san, en français : "Fukushima Renaissance" http://evazine.com/Poesie%20lue/poesie_lue.htm#89


Article paru le 06/05/2012


Notre ville natale, Fukushima - Premières impressions de Tarô san, lors de son voyage à l'été 2011 (en 9 parties)

会津 太郎(あいづ たろう Aizu Tarô) Habite au Japon, à Kanagawa. N'est jamais venu en France

  • Notre ville natale, Fukushima (1)

Chaque été, la plupart des Japonais retournent dans leur ville natale et prient devant les tombes de leurs ancêtres. Cette tradition bouddhiste est appelée " Obon (お盆) " en japonais. Dans le respect de la tradition, je suis retourné l'été dernier dans ma ville natale, Fukushima, afin de prier pour mes défunts parents. Mais cette fois, en 2011, j'ai hésité à revenir à cause de la contamination occasionnée par la fuite de la centrale nucléaire de Fukushima. Ma ville natale est devenue très dangereuse depuis le 11 mars 2011. Le vent a dispersé le césium de la centrale dans tout Fukushima. On dit que le césium peut causer de futurs cancers chez les enfants et les bébés. Après avoir hésité pendant quelques jours, j'ai décidé d'y retourner malgré cela, car je crois être trop vieux pour contracter un cancer à cause de la radioactivité. En août, je me suis rendu là-bas en bus. Quand j'en suis descendu, les champs de Fukushima s'étendaient à perte de vue.

Ville Fukushima 1.jpg

Je ne puis croire / qu'elles aient été contaminées / face à ces rizières / verdoyantes, verdoyantes / et si brillantes.


私達のふるさと、福島(1)

 たいていの日本人は、毎年夏になると故郷の町に帰り、先祖の墓の前で、両手を合わせる。そして御先祖様の霊を慰めたり、また自分の近況を報告したりする。私もその大多数の日本人の一人として、毎年、お盆になると生まれ故郷に帰り、亡くなった両親の墓に両手を合わせていた。 しかしことしのお盆は、帰ろうかどうしようか、私は迷った。その理由は三月十一日に私のふるさと福島で、原子力発電所が地震と津波の影響で爆発し、セシウムという放射能が周辺に流れ出たからだ。そのセシウムは風や雨に流され、福島県全体を、いやその近くの県から東日本全体へと広範囲に流れ出した。二、三日よく考えて、セシウムは乳幼児や子供の将来に悪影響を与えるが、初老の年齢に差し掛かった自分には悪影響はないと私は信じた。 そしてお盆の前日、新宿駅から深夜高速バスに乗り込むと、仮眠をしながら、朝早く、わがふるさとに降りた。寝ぼけまなこには、今までと何も変わらない、朝の田園風景が果てしなく広がっている。   

こんなに爽やかに / こんなに輝いているのに / 福島の水田が / ほんとうに / 汚れてしまったのか


  • Notre ville natale, Fukushima (2)

J’ai été hébergé chez mon frère et ai fait une promenade avec mes neveux le lendemain. L’un d’eux a dit : " Oh, j'ai oublié d’emporter mon dosimètre ! " Il est retourné à la maison et l'a rapporté. Les enfantsà Fukushima accrochent toujours leurs dosimètres autour du cou quand ils sortent, pour que leurs instituteurs puissent vérifier leurs taux de radiation. Nous avons fait une promenade dans le parc près de la rivière. Mais il n'y avait aucun autre enfant jouant dans le parc sauf nous. Peut-être que les autres jouaient aux jeux électroniques ou regardaient la télé chez eux afin d’éviter le vent de césium. Les instituteurs des écoles leur avaient sûrement dit de jouer chez eux aussi longtemps que possible.

Les dosimètres / pendant autour du cou / même quand les enfants / jouent à chat avec moi / dans le parc verdoyant.

私達のふるさと、福島(2)

私は兄の家に泊まった。そして翌日、兄の子供たち、甥たちを二人連れて、散歩に出かけた。するとその途中、甥の一人が突然叫んだ。「あっ、ガラスバッジ忘れた。取って来るよ。」 甥っ子は走って家に帰り、胸にガラスバッジをぶら下げながら戻ってきた。福島では、子供たちが外出する時はいつでも、胸にガラスバッジをぶら下げることになっていた。あとでガラスバッジを集め、その中にたまったセシウムの数値を測るという話だった。私たちは土手をぶらぶら歩いておしゃべりをしながら、広々とした河川敷の中へ降りて行った。しかしその公園には、私の甥っ子以外に子供たちの姿は見られなかった。ふだんは大人たちが子供や孫を連れていっしょに遊んでいるのだが、その日は私たち以外に遊んでいる人が全然いなかった。たぶん子供たちは放射能汚染を避けて、家の中でテレビを見たり、ゲームをしたり、マンガを読んでいるのだろう。というのは、学校の先生が子供たちに外ではあまり遊ばないようにと指導しているからだ。しかし甥っ子達は久しぶりに外に出たせいか、走り回って遊んだ。


子供達が / ガラスバッジを / 胸にぶら下げながら / 芝生の公園で / 私とオニゴッコ

  • Notre ville natale, Fukushima (3)
Ville Fukushima Chat.jpg

Un après-midi, il a commencé à pleuvoir tout à coup. Sous la pluie, notre chat s'est précipité vers la maison de mon frère et s'est assis sous l'auvent.

Notre chat / ignorant / qu’il lèche / la pluie de césium / de son pelage mouillé

私達のふるさと、福島(3)

 空がだんだん曇ってきたので、子供たちを連れて急いで家に向かったが、途中で少し雨に打たれた。軒下では雨にぬれたのか、猫もからだをていねいに舐めていた。  

からだに付いた / セシウムまで / 知らず知らず / 舐めてしまう / 福島の猫


  • Notre ville natale, Fukushima (4)

Des résidents habitant près de la centrale se sont enfuis après les fuites radioactives. Les parents, avec leurs jeunes enfants ou bébés, ont cherché refuge loin de là. Seules les personnes âgées sont restées.

Bien que les habitants / veuillent s'enfuir / ils n'ont nulle part où aller / ni travail, ni maison / ailleurs qu’à Fukushima.


私達のふるさと、福島(4)

原発のすぐ近くに住んでいた住民たちは、強制的に避難させられたり、また自主的に自分の家を捨て、町を捨て、遠くへと引っ越した。特に幼児や赤ちゃんをかかえた若い親たちは、よその県の町へ引っ越した。


遠くに避難したくても / 家がなくて / 仕事がなくて / 避難できない / 福島の父親


  • Notre ville natale, Fukushima (5)

Pourtant, les vieux fermiers près de la centrale, riches ou non, ils n’ont pas voulu chercher refuge ailleurs. Ils ne voulaient ni apprendre un nouveau dialecte ni de nouvelles coutumes ni laisser leurs voisins et amis. Ils sont restés dans leur ville natal pour vivre leurs dernières années tranquillement.

Bien que les officiels disent / " Fuyez votre village ! " / les vieux fermiers refusent / puisqu'ils veulent rester / dans leur ville natale, Fukushima.

Les vieux fermiers / comme les plantes / ont leurs grosses racines / profondément ancrées dans la terre / de Fukushima.

À travers Fukushima, / les vieux fermiers / veulent revenir / à leur vraie ville natale : / La Terre elle-même.

La Terre / est le repos sombre / où ils renaissent / à l’avenir : / leurs prochaines vies.


私達のふるさと、福島(5)

だが、農家の老人達は、たとえ裕福であっても、よその町や村には移り住みたくなかった。今さら新しい町や村に引っ越して新しい方言や習慣を覚えたりするのが何よりも面倒だった。それに慣れ親しんだ友達や近所の人達と別れるのがつらかった。

「避難しろ」と言われても / 自分の老後を / 自分の村で / 平和に暮らしたい / 福島の農民

年老いた農民は / 堅くて / 太い根っこを / 福島の土地に / 張っている

年老いた農民は / 福島の土地を通って / ほんとうのふるさと / 大地の中へ / 帰りたがっている

地球は / 暗いところだけれど / 命が生まれ変わる / 母のような / 安息所


  • Notre ville natale, Fukushima (6)
Fukushima 5.jpg
Quand nous regardions un match de football à la télévision ensemble dans la salle de séjour de mon frère, je mangeais une pêche rosée. Elle était délicieuse, mais une trace de césium est entrée dans mon corps. Je ne peux ni voir le césium ni l'entendre ni le sentir ; c'est l’ennemi invisible. Pourtant, pour parler franchement, je ne suis pas sûr que cette trace de césium soit mon ennemi.

Des spécialistes disent que ce n'est pour mauvais pour la santé aussi longtemps que cela reste à l’état de trace. D'autres, par contre, disent que c'est très dangereux. Je ne sais pas lesquels disent vrai. Pour parler franchement, en fait, même les spécialistes ne savent pas la vérité.

Dans le futur, je saurai si le césium nous apportera du bien ou du mal. Cependant, maintenant, je veux savoir si, dans l'avenir, j'aurai ou non un cancer. Je ne puis connaître mon futur. Dieu le sait. Mais si Dieu n’existe pas, aucun homme ne peut savoir dans le vaste univers.

Une trace du césium / existe silencieusement / sans odeur, / sans goût, / dans ma cellule sombre.


私達のふるさと、福島(6)

真夏の夜、家の居間でサッカーのテレビ中継をみんなで見ていた時、よく冷えた桃の皮をむいて、みんなで食べた。福島は桃、梨、リンゴなど果物で有名だが、 その桃はとても甘く水分が豊富でおいしかった、しかしその時微量のセシウムが私のからだの中に入ったかもしれない。それは見ることもできず、聞くこともで きず、感じることもできない、セシウムという無味無臭の敵だ。

しかし正直に言えば、微量のセシウムがほんとうに敵なのかどうか、私にはわからない。ある専 門家は微量の放射能なら健康によいかもしれないとまで言っている。ところが別の専門家はたとえ微量であっても非常に危険だと言っている。どちらが本当なの か、素人の私にはよくわからない。厳密に言えば、その専門家たちでさえ、よくわからないのだろう。

十年、二十年と時間がたって結果がはっきり出れば、誰に でもわかるのだろう。しかしそれまでじっと待つことはできない。将来私が癌にかかるかどうか、私は今知りたいのだ。だが今、私には知ることができない。 神様がもし存在するなら、神様だけがそれを知っている。しかし神様が存在しなかったら、この広い宇宙の中で私の未来は誰にもわからない。

無味無臭の / 微量のセシウムが / 静かに存在する / 私の細胞の奥の / 闇の世界


  • Notre ville natale, Fukushima (7)

J'ai parlé de la contamination radioactive avec mon frère. Ce qu'il m’a raconté à propos d’un laitier a été un grand choc pour moi. J'ai cherché des détails en lisant beaucoup d'articles sur lui dans des magazines et des journaux. Ci-dessous, le résumé de son histoire :

Un laitier habitait dans un petit village près de la centrale nucléaire de Fukushima avec sa femme Philippine et leurs deux fils. Sa famille était très heureuse, puisqu'il possédait environ 40 vaches et travaillait bien avec sa femme tous les jours. Il avait construit un nouvel atelier pour gagner davantage d'argent, parce que ses fils étaient très jeunes. Il avait également préparé un nouveau cartable pour son fils et il attendait la cérémonie d'entrée à l'école primaire qui se tiendrait en avril quand les fleurs de cerisiers s'épanouissent autour de la cour d'école.

Mais il y a eu une explosion à la centrale nucléaire de Fukushima, suite au grand tsunami qui a frappé la région le 11 mars 2011. Le vent a dispersé le césium de la centrale à travers les champs, les montagnes et les maisons de son village. Le lait de ses vaches a contenu dès lors beaucoup de césium, car il les nourrissait avec l'herbe qu'il fauchait chaque matin. Il a dû jeter tout le lait contaminé par le césium chaque jour

Étant inquiet pour la santé de ses deux fils, il a fait quitter le village à sa famille et l'a faite partir pour les Philippines au milieu du mois d'avril. C’était avant la cérémonie d'entrée à l'école primaire. Ainsi, l'explosion de la centrale l'a empêché de participer à la cérémonie d'entrée.

Il est resté tout seul et a continué à travailler à Fukushima pendant quelque temps. Mais enfin il a renoncé à traire ses vaches et il a rejoint sa femme et ses fils aux Philippines. Pourtant, il n'a pas pu comprendre la langue ni trouver du travail là-bas. Il est donc revenu à Fukushima tout seul en mai. Cependant il n'y avait plus aucune vache ni sa famille, dans son village. Il était comme un arbre déraciné.

Le laitier a laissé ce message / sur un mur dans son nouvel atelier / "Si la centrale n'avait pas explosée, / je ne me serais pas suicidé." / Il avait 54 ans.


Fukushima 8.jpg
私達のふるさと、福島(7)

その夜遅く、私は兄と二人だけになって、放射能汚染について話し合った。その時兄が言ったことは、私にはとてもショックだった。それは原発の近くに住むあ る酪農家の話だった。私は翌日、念のためにいろいろな雑誌を読みながら、彼の事件を詳しく調べた。その事件は次のような内容だった。                        福島原発の近くの小さな村に、ある酪農家がフィリピン人の妻、二人の息子といっしょに平和に暮らしていました。彼は四十頭の乳牛を飼いながら、妻と二人 で毎日一生懸命に働き、二人の息子にも恵まれたので、家族みんなで幸福に暮らしていました。ただ子供達がまだ小さかったので、その生活費を何とか稼ぎだそ うと思い、借金をしながらも、新しい作業場を建て、酪農の事業を拡大しました。さらに小学校に入学する息子のために新しいランドセルを買って、四月にある 入学式を楽しみにしていました。

しかし三月十一日に起きた巨大津波が原因で、福島原発が突然爆発しました。原発から漏れ出たセシウムは、毎日毎日雨風に流され、村や田畑や森林を静かに 汚染して行きました。その汚染は目で見ることもできず、耳で聞くこともできず、鼻で嗅ぐこともできません。そして彼が毎朝刈り取っている牧草の上にも、セ シウムの雨風が付着しました。その刈り取られた牧草は、何も知らない牛たちに与えられたので、牛達のミルクには基準値以上のセシウムが含まれたのです。彼 は仕方なくそのミルクを毎日毎日捨てました。

放射能汚染が大人よりも子供たちに危険だと知ったので、その酪農家は妻と息子を、フィリピンへ避難させました。村の子供達もみんなどこかに避難し、結局 彼は息子の入学式を見ることができませんでした。でも彼は家族の生活費を稼ぐために村に残り、また酪農の仕事を一生懸命に続けました。それでもミルクに含 まれるセシウムは、思うようには減らず、ついに酪農をあきらめ、自分も家族といっしょに暮らすために、フィリッピンへ出発したのです。しかしフィリッピン に行っても、彼は英語もタガログ語も話せなかったので、仕事を見つけることはできませんでした。そして五月になると、彼だけが一人日本へ戻ってきたので す。でももう牛達も家族も村にはいませんでした。彼は根っこを失くした一本の木でした。

「原発さえなければ」/ と黒板に書き残し / 新しい作業小屋で亡くなられた / 福島の酪農家 / 享年54歳


  • Notre ville natale, Fukushima (8)

Je suis allé au célèbre site touristique près du grand lac avec la famille de mon frère. Mais il y avait peu de visiteurs par peur du césium alors qu'il était bondé d'enfants dans le passé pendant les vacances d'été.

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Reviens, / reviens, / ancienne Fukushima / où les enfants jouaient dehors / heureux avec leurs parents.


私達のふるさと、福島 (8)                   

そしてある日の午後、兄の家族みんなと一緒に、近くの湖へドライブに出かけた。でもそこには、観光客がほとんどいなかった。やっぱりセシウムの影響だろうか。いつもは観光客でにぎわっているのに、今年は観光客の姿がほとんど見えない。いるのは地元の土産物屋の店先で退屈そうにしているおやじさんやおばさんだけだった。私は土産物屋を覗き込みながら、日焼けしたおやじさんに話しかけてみた。

『ことしは、お客さん、少ないですね。』 おやじさんは身を乗り出してしゃべり始めた。 『まったくだ。ここらへんは基準以下のセシウムなのに、みんな来なくなっちまった。これ、風評被害ってやつだべ。』 『でもねえ、微量でも将来、子供や赤ん坊に癌の影響を与えるかもしれないんですよ。』するとおやじさんの日焼けした顔がムッとなった。  『国が大丈夫だって言ってんべえ。』私は土産物屋のテーブルに腰をおろし、冷たいジュースを飲みながら、おやじさんと話し始めた。  『いやねえ、子供たちに症状が出てからじゃ遅いんですよ。だから子供がいる親達は、セシウムを怖がって、悪いけど、福島の観光地を避けてるんですよ。福島の食べ物を避けてるんですよ。』 『何言ってんだ。そんじゃ、福島の子供はどうすんだ。俺達の子供はどうすんだ。セシウム入った野菜、毎日食ってんだ。それで将来、癌になったらどうすんだ。』その気迫に圧倒され、私は黙り込んでしまった。 『あんたら都会の人は食べ物選べるけど、おら達地元の人間は食べ物なんか選べねえんだよ。福島で採れた野菜しか食えねえんだよ。それに野菜が売れなくなったら、農家は現金収入がなくなって、子供育てられなくなるべ。貧乏な子供はセシウム入りの野菜食うしかないっぺ。結局、福島の子供が一番貧乏くじ引くっぺ。』その気迫に圧倒されながらも、私は意を決して言った。 『そうなんですよ。どんな親でも自分の子供が一番かわいいから、自分の子供を一番心配する。そしてセシウムが入っていない食べ物を、他の誰よりも自分の子供にまず食べさせようとする。それは親なら当り前ですよ。でもなんとかして、福島の子供も助かる道を探さなくちゃいけないんですよ。福島の子供だけ、犠牲にするわけにはいかないんですよ。福島の子供を、癌の実験材料にするわけにはいかないんですよ。』 『そうだ、そうだべ。でもおめえさんはどっちの味方だ。福島か、それとも都会か。』おやじさんは怪訝な表情をしながら私に尋ねた。 『おらは両方だっぺ。おらは福島で生まれで、この福島で高校生まで18年暮らしただ。今は都会に二十年住んでっから、どっちの気持ちも両方わがんべ。』おやじさんは私の福島弁に驚き、そしてにっこりほほえんで言った。 『そうだべ。おめえさんの言うとおりだ。福島の子供、癌の実験材料にするわけにはいかねえ。絶対にいかねえ。でもなあ、どうにもできねえだよ。避難したくても仕事もねえし家もねえし、結局住みなれた福島で仕事しながら、子供育てるしかねえ。だから癌にならないように信じるしかねえ。セシウムが入った野菜食わせながらよ、自分の子供が将来癌にならないように信じるしかねえんだよ。』おやじさんは湖の方を眺めていた。そのまなざしは、何か、祈るようなまなざしだった。湖の青い水面はいつもの夏と同じように、真夏の光を受けて銀色に輝いている。湖から吹いて来る風も、いつもの夏と同じように涼しく吹いて来る。そして地元の人達の方言も、いつもと同じように素朴に響いて来る。みんな去年と同じままだ。それなのに湖で泳いでいる子供たちの姿が見えない、砂浜で遊んでいる子供たちの歓声が聞こえない。

帰ってこい / 帰ってこい / 子供達が外で遊べるような / 普通の町 / 福島よ帰ってこい


  • Notre ville natale, Fukushima (9)

Après la fuite radioactive, beaucoup de parents et de fonctionnaires ont commencé à nettoyer le césium de la terre de toutes les crèches, écoles et lycées de Fukushima. Les résidents balayaient leurs maisons, jardins et routes. Les fermiers ont continué à dégager leurs champs, les forêts et les montagnes pendant plusieurs mois. La plupart des habitants ont continué à nettoyer tout Fukushima.

La terre et le vent / les poires et les pêches / les chats et les humains / que tous les êtres / renaissent à Fukushima.


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私達のふるさと、福島(9)

湖を眺めていたおやじさんは私の方を振り向くと、大きな声で言った。 『いやー、だめだめ。信じてばっかりいられねえよ。信じてばっかりいても、何にも変わらねえよ。信じてる暇なんかあったら、働いて、金稼いで、子供にめし食わせないとだめだ。明日のことよりも今日のめしを考えないと、人間生きていけねえ。セシウムが入っていようが入ってまいが、今日のめしを食わないと、将来、癌になることもできねえべ。』オヤジさんは体を反らせながら、爆笑した。私はおやじさんの冗談に苦笑いしながらも、念を押すつもりで言った。 『でも、できるだけ、できるだけセシウムが少ない食べ物を食べさせたほうがいいべなあ、特に子供にはそうだべ。』するとおやじさんも苦笑いして言った。 『ああ、わがった、わがった。どっちか食わないといけねえ時は、セシウムが入った方は俺達親の方が食うべ。そしてセシウムが少ない方は、子供に食わせんべ。それは当り前だ。俺たち大人はもう何十年も暮らしてきて、それなりにいい思いしてきたんだ。それに癌だろうが何だろうが、人間死ぬ時は死ぬんだ。セシウム怖くって毎日ビクビク生きてたって、人生つまんねえよ。やっぱり、くよくよ心配しないで毎日暮らして、ある日ポックリ、これが理想だべ。』おやじさんはからだをそらせながら爆笑した。しかしすぐに真顔に戻って言った。 『でもなあ、俺達はあと二、三十年の寿命だけど、子供たちの寿命はあと七、八十年あんべ。それに孫に悪い影響が出たらどうすんだ。』おやじさんは深刻な顔つきになって黙り込んだ。そして重い口を開いた。 『俺たち大人はまだいい。俺は二、三十年のうちに癌か心臓病か脳溢血できっと死ぬ。それは覚悟してる。でもなあ、子供や孫はなあ、一生、それも七、八十年も、癌のこと心配して生きるのは、やっぱりつらいべえ。それに発病したらもっと大変だべ。先祖代々丈夫なからだを引き継いできたのに、俺の代から癌のからだになっちまったら、御先祖様に申し訳ねえ。何ておわびしていいか、俺にはわかんねえ。』おやじさんは夏日が差す熱い地面をじっと見つめていた。そしてぽつりぽつりと自分に言い聞かせるようにしゃべり始めた。 『そうだなあ。やっぱりやんべえよ。これから先はなあ、俺達親よりも子供や孫のためにやるしかないべえ。一生懸命働いてなあ、金稼いでなあ、セシウムが少ない食べ物買ってきてよ、それを子供に毎日食わせんべえ。でもむずかしいなあ。でもやるしかないべえ。たいへんだなあ・・・でもやるしかないっぺ。』

遠い御先祖様から / 延々と受け継いでは / 次の子供へと渡す / 健康な遺伝子という /私からの贈り物


Article paru le 8/07/2012



Le sport, même en vacances !

Stéphane

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Nous nous apprêtions à déménager quelques objets encombrants et lourds chez un couple d’amis franco-japonais installés en banlieue parisienne, il y a quelques semaines, quand l’ami enclencha un programme d’échauffement japonais sur un DVD rapporté du Japon.

Et on lève les bras, les rabaisse, les déplace sur le côté, on s’assouplit le dos… Tout cela pendant quelques minutes. (pour suivre les premières leçons : [1])

Incidemment, en répondant à l’une de mes questions sur ce DVD et ce genre de programme, j’apprends qu’au Japon, il est fréquent de faire ainsi quelques gestes d’échauffement, un peu de gymnastique le matin. A l’école, certains matins, définis, dans les entreprises. Et même pendant les vacances !

A Kyôto, d’où est originaire mon amie, pendant les vacances d’été, les enfants se retrouvent à un point de rassemblement prédéterminé dans leur quartier, à 8h chaque matin, pour faire un quart d’heure environ de gymnastique. A Sapporo, d’après une autre amie, c’est à 6h30 qu’ils se rassemblent !!

Il faut dire que le jour est déjà levé à cette heure matinale.

Chaque enfant fait alors tamponner sa carte d’assiduité à la fin de la séance, puis part ensuite jouer avec ses camarades ou retourne petit-déjeuner à la maison. A la fin de l’été, pour les enfants dont la carte aura été copieusement tamponnée, un cadeau est offert, notamment des friandises, un stylo...

Est-ce pour cela que les Japonais comprennent la discipline ?

Article paru le 9/11/2012


« Je serai joueur de baseball professionnel » - Et Ichiro Suzuki est devenu un grand joueur

  • Masako

(45 ans) - En France depuis 1991

Texte du jeune Ichiro SUZUKI
Ci-dessous, le texte qu’avait écrit le joueur professionnel de baseball Ichiro Suzuki, quand il était en sixième année à l’école primaire (au Japon l’école primaire dure six ans et le collège trois ans. Donc, la sixième année de primaire au Japon est équivalente à la sixième du collège en France. Ichiro avait donc 11ans). Un de ses amis l’a mis sur Facebook. Bien qu’il soit un sportif professionnel, il savait bien rédiger ses textes même en sixième année de l’école primaire.

C’est rare que des enfants japonais puissent avoir autant confiance en eux jusqu’à dessiner de façon aussi concrète leurs rêves pour l’avenir. C’est pour cela, je pense qu’il est devenu ce magnifique joueur de baseball. J’ai l’impression qu’il est devenu celui auquel son destin le destinait.

Ce texte a été largement diffusé dans tout le Japon auprès des enfants par leurs parents et les personnes qui s'en occupent, pour leur montrer combien il est important de se tenir à ses rêves et de persévérer pour se réaliser.

以下、プロ野球で大活躍しているイチロー選手(本名、鈴木一朗)が小学校六年生の時に書いた作文です。 友だちがフェイスブックに載せていました。 スポーツ選手ですが、六年生の割にしっかりした文章を書いています。 日本人の子どもでここまで自信を持って、将来の夢を具体的に描いている子どもはめったにいないです。 だからこそ、素晴らしい選手になったのでしょう。まさに、なるべくしてなったという感じです。


« Mon rêve, c’est de devenir un joueur professionnel de première classe de base-ball. Pour cela, je dois participer au championnat national pendant que je suis au collège et au lycée et y obtenir d’excellents résultats.

Ichiro SUZUKI
Pour avoir de bons résultats, l’entraînement est nécessaire. J’ai commencé à m’entraîner depuis l’âge de 3 ans. Depuis l’âge de 3 ans jusqu’à l’âge de 7 ans, je me suis entraîné environ la moitié de l’année, mais depuis que je suis entrée en troisième année (le CE2 en France),je m’entraîne à présent intensément 360 jours sur 365 jours. Ainsi, sur une semaine, je peux m’amuser avec mes amis pendant 5, 6 heures. Comme je m’entraîne autant, je pourrai sûrement devenir un joueur professionnel de base-ball.

Après avoir obtenu de très bons résultats au collège et au lycée, j’intégrerai une équipe professionnelle. Cette équipe de base-ball, ce sera les Chûnichi Dragons ou les Seibu Lions. Mon objectif sera d’être admis par le système « draft » (l’équipe nomme plusieurs joueurs lors du conseil général de toutes les équipes) et d’avoir un contrat de plus de 100 millions de yens. Mon point fort est le pitching ou le batting. (Ainsi, il avoue ne pas être si fort en défense.)

L’été dernier, nous sommes allés à un tournoi national. J’ai regardé la plupart des lanceurs et je suis convaincu que j’étais le joueur N°1 de ce tournoi. Quant au « batting », au cours de ce tournoi départemental en 4 matchs, j’ai réalisé 3 homerun (coup qui permet au frappeur de passer par toutes les bases d’une seule frappe). Et la moyenne de frappe de tous les matchs était de 53,8%. Ainsi j’étais satisfait de mon score.

Egalement, nous avons fait du base-ball pendant une année sans avoir su perdre. Je vais donc continuer à persévérer dans cette voie. Quand je serai devenu un joueur de première classe et que je débuterai dans les matchs, je distribuerai des billets d’invitation aux personnes qui se seront occupées de moi pour qu’ils me supportent dans le stade. C’est un de mes rêves. De toute façon, mon plus grand rêve, c’est de devenir un joueur de base-ball professionnel. »

Ichiro Suzuki


Pour en savoir plus :

Ichiro, grand joueur de base-ball admiré au Japon : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ichiro_Suzuki

L’équipe des Chunichi Dragons : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chunichi_Dragons

L’équipe des Seibu Lions : http://fr.wikipedia.org/wiki/Saitama_Seibu_Lions


「僕の夢は、一流のプロ野球選手になることです。そのためには、中学、高校と全国大会に出て、活躍しなければなりません。

活躍できるようになるためには、練習が必要です。 僕は3才の時から練習を始めています。3才から7才までは半年くらいやっていましたが、3年生の時から今までは、365日中、360日は激しい練習をやっています。 だから、1週間中で友達と遊べる時間は、5~6時間です。そんなに練習をやっているのだから、必ずプロ野球の選手になれると思います。

そして、中学、高校と活躍して、高校を卒業してからプロに入団するつもりです。そして、その球団は、中日ドラゴンズか西武ライオンズです。ドラフト入団で、契約金は1億円以上が目標です。僕が自信のあるのは、投手か打撃です。

去年の夏、僕たちは全国大会に行きました。そして、ほとんどの投手を見てきましたが、自分が大会NO1選手と確信でき、打撃では、県大会4試合のうち、ホームラン3本を打ちました。そして、全体を通した打率は5割8分3厘でした。このように、自分でも納得のいく成績でした。

そして、僕たちは、1年間負け知らずで野球ができました。 だから、この調子でこれからも頑張ります。 そして、僕が一流の選手なって試合に出られるようになったら、 お世話になった人に招待券を配って、応援してもらうのも夢の一つです。とにかく、一番大きな夢は、プロ野球の選手になることです。」 Ichiro Suzuki


Article paru le 07/05/2013


La société japonaise - Maintenir un haut niveau de bien-être

  • Keishi (58 ans - En France depuis 29 ans )
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Vendredi 30 octobre 2015, la discussion que j'avais avec Keishi portait sur les différences entre nos deux sociétés, japonaise et française.

En quoi, nos sociétés et leur organisation influencent-elles leurs populations respectives, leurs caractères et leurs façons d'être ensemble et avec autrui ?

La société japonaise, m'apprit Keishi, est basée essentiellement sur une organisation de type maternelle et maternante : l'enfant, particulièrement le nouveau-né, est au centre de la famille, de la plus petite cellule sociale. La mère est au service de son enfant afin de lui apporter les conditions d'une vie la plus confortable possible. Par conséquent, elle s'organise pour lui apporter le plus de bien-être possible, tout en lui évitant de connaître d'éventuelle source de stress. De même, la société japonaise est basée sur ce modèle, au sens où elle est organisée pour apporter bien-être à sa population tout en lui évitant du stress. C'est donc une société de services, unanimement reconnue mondialement.

Quand un bébé est malade, toute la cellule est autour de lui, pour lui apporter rapidement les conditions à son prompt rétablissement. Pendant les premières années de sa vie, le nouveau-né puis le jeune enfant dort avec ses parents, entre ses parents. Il est l'objet de toutes les attentions et est protégé comme le bien le plus précieux. Récemment, quand l'entreprise Toshiba a annoncé des licenciements massifs d'employés, d'autres groupes parmi lesquels Sony, ont annoncé l'embauche de ces mêmes employés.


Le jeune diplômé est, bien que cela tende à s'atténuer de nos jours, repéré par son futur employeur avant même l'obtention de son diplôme, embauché dès la fin de son cursus universitaire. Au sein de l'entreprise, il est ensuite complètement pris en charge et formé par l'entreprise, avant de, petit à petit, pendre de l'avancement tout au long de sa carrière, jusqu'à son départ à la retraite. L'avancement n'est pas un avancement au mérite, mais automatique, selon l'âge de la personne. Toute une même classe d'âge obtient le même type d'avancement, en même temps, au sein de sa propre entreprise comme au sein de l'ensemble des autres entreprises du Japon.

Au sein des habitations, la frontière entre le dedans et le dehors est clairement marquée : on quitte ses chaussures dans l'entrée de la maison, on enfile des pantoufles pour l'intérieur de la maison, on change de vêtements, on se lave les mains et même, encore maintenant parfois, on se gargarise. La maison est un espace sensiblement homogène (des tatamis, un parquet, une disposition similaire se retrouve dans l'ensemble des pièces), différent de nos maisons occidentales, plutôt hétérogènes (chaque pièce a son environnement bien distinct). D'un côté, cette séparation bien marquée dans les esprits. De l'autre, à la place de murs en pierre percés de quelques ouvertures, la maison traditionnelle japonaise est faite de fusuma et de shôjis, des cloisons peu épaisses et amovibles. Des cloisons externes et internes, qui laissent les habitants à portée d'oreille des voisins. Chacun sait ce que fait son voisin, chaque surveille ce que fait son voisin. Chacun sait que son voisin est attentif à lui (moins maintenant).

Depuis les temps anciens, les Japonais sont habiles pour prendre du monde extérieur ce qu'ils jugent utiles pour leur vie. Ensuite, ils l'adaptent à leurs besoins et à la particularités de leur fonctionnement, et enfin, ils restituent cette version améliorée au reste du monde. Par contre, dès lors qu'il n'y a plus cet exemple, ce "ce à partir duquel on va prendre ce que l'on va ensuite transformer et assimiler", le Japon est perdu. Le Japon est certes fort pour adapter et améliorer, mais pour créer à partir de rien ? Malgré tout, il compte un nombre significatif de Prix Nobel.

Le Japon n'a jamais eu à redouter d'invasion de population extérieure du fait de sa configuration géographique : un pays entouré d'eau. Les règles, règlements, et autres codes sont établis et respectés par les Japonais, car ils sont avant tout faits pour créer les conditions d'un environnement maternant propice aux conditions d'un bien-être, d'un mieux être de chacun. Ils sont donc vécus comme un outils créateur de mieux-être.

Le shintoïsme côtoie le bouddhisme au niveau de la vie de chacun. Qui plus est, le shintoïsme est une religion qui n'impose pas de règles : un moine peut boire de l'alcool, se marier... Le shintoïsme correspond plutôt à "l'atteinte et le maintient" d'un certain état intérieur basé sur l'harmonie. La langue japonaise, dans son écriture, comprend différents modes d'écritures : les idéogrammes d'origine chinoise, les syllabaires hiragana et katakana, et le système de transcription alphabétique, se côtoient les uns les autres. De même, une personne japonaise peut tout à fait avoir sur un même sujet, deux avis ou du moins deux visions différentes, sans que cela ne pose de problème. Egalement, elle peut avoir, à un moment donné une vision des choses puis, à un autre moment, une autre vision, une autre lecture, un autre avis.

Dans les religions au Japon, le Shintoïsme et le Bouddhisme, il n'est pas question de vie après la mort, au sens chrétien. Ainsi, le Japonais ne se retrouve pas dans un état d'espérance d'une vie meilleure après la mort, pas plus que dans une position d'éternelle recherche d'atteinte d'un paradis ni encore dans un état d'esprit qui l'amènerait à développer une vision fantasmée de ce qu'est le Paradis et la vie après la mort. Le Japonais, non soumis à cette production qui fait tendre vers ce que l'on n'a pas dans l'immédiat mais que l'on aimerait obtenir plus tard, vit davantage dans l'instant présent, sur le moment. Il est donc logiquement pragmatique.

De même, les religions japonaises ne font pas référence à une divinité toute puissante et non représentée. Dans le Shintoïsme, l'état de divinité se retrouve dans toutes choses, du grain de poussière au brin d'herbe... Dans le Bouddhisme, le Bouddha est un être humain, qui a vécu sur Terre autrefois, avec donc une représentation représentée par les artistes de l'époque. Le Japonais n'est donc pas porté à se représenter cette divinité ni donc à solliciter et à développer cette capacité de l'esprit qui pousse à la représentation psychique.

De tout temps, le climat semble avoir été relativement suffisamment clément au Japon pour permettre à ses habitants de récolter de quoi subvenir à leurs besoins. De même, du fait de l'organisation sociale des différentes communautés japonaises, organisées sur un mode maternel où l'instance supérieure veille au bien-être de ceux dont elle a la charge, au même titre que la mère, la population a été relativement non sollicitée à anticiper, à vivre dans le futur. Ce qui renforce l'ancrage à l'instant présent, à la vie immédiate sur le moment et, dès lors, à mobiliser ses ressources pour améliorer l'existant. Les Japonais sont très forts dans ce domaine.


Compléments ajoutés par Keishi, après l’envoi du précédent texte, pour confirmation.

1. J’explique les particularités du Shintoïsme, du Bouddhisme et du Confucianisme. Dans le bouddhisme japonais, les préceptes sont devenus très faibles. C’est un effet du Shintoïsme, je pense. Comme en Corée et en Chine, le culte des ancêtres est important. Au Japon, il est mélangé de Shintoïsme et de Confucianisme.

2. J’explique au sujet du groupe, de la communauté. La communauté est basée, dans les villages, sur un système de surveillance mutuelle.

3. Depuis l’apparition de la pensée newtonienne (fin XVIIe), on a de plus en plus pensé les sociétés occidentales en tant qu’entités homogènes. Les maisons, au Japon, ne sont pas un espace homogène. On dit « qu’un fantôme se cache dans les toilettes ».

4. Dans un article que j’ai écrit pour le N° 3 de la revue « 水路すいろ – Suirô », j’avais donné ce titre « L’individualisme de la France et le Mondialisme du Japon ». Le mondialisme est en opposition avec la notion de Paradis des religions chrétiennes et de l’Islam. L’idée de « monde » renvoie « le monde actuel tel qu’il est à l’instant présent ». Le monde tel qu’il est à l’instant présent ou la société telle qu’elle est sur le moment, c’est le Paradis. C’est pour cette raison que le Japon est une « société de services ».


Article paru le 12/11/2015

Discours donné par une victime du bombardement atomique d'Hiroshima

  • Témoignage de Madame Yoshiko Kajimoto sur son expérience de victime de l'arme atomique, transmis pour l’exposition sur Hiroshima en France, en septembre 2018
Zones d'irradiation de la ville d'Hiroshima par la bombe


Bonjour à tous. Je m'appelle Yoshiko Kajimoto et c'est un honneur pour moi de pouvoir témoigner aujourd'hui de mon expérience de victime de la bombe atomique.

Je suis née en 1931, j’ai donc désormais 87 ans.

Je suis entrée à l'école élémentaire l'année où s'est déclenchée la guerre sino-japonaise en 1937. Suite à l'attaque sur Pearl Harbor le 8 décembre 1941, le Japon entrait brusquement dans la Guerre du Pacifique alors que j'étais en cinquième année. Puis la bombe atomique a été larguée alors que j'étais en troisième année de collège et la guerre s'est ainsi terminée.

Pendant tout la durée de la guerre, j’ai passé mes années scolaires dans un système d'enseignement soumis à l’idéologie militariste japonaise.

Alors que la guerre se prolongeait, toutes les régions du Japon ont commencé à subir des attaques aériennes, le pays était ravagé. M’inquiétant que la prochaine cible d’une attaque ne soit Hiroshima, j’étais toujours effrayée par la sirène d’alarme qui annonçait les attaques ; je me précipitais alors dans l’abri antiaérien.

Mais il était étrange de constater qu'Hiroshima n'était quasiment jamais attaquée. Plus tard, on m’a expliqué que la raison est qu'Hiroshima était une ville-cible susceptible de recevoir la bombe atomique.


A présent, je vais vous parler de mon expérience personnelle, en tant que victime de la bombe.

Tout d'abord, je vais commenter cette carte.

Lorsque j'ai été irradiée, j'avais 14 ans et j'étais en troisième année de collège.

Je travaillais alors dans une usine à 2.3 km au nord de l'hypocentre de l’explosion et j'étais en train de construire un élément d’une hélice pour un avion. A cette époque, tous les collégiens devaient travailler en tant que main d'œuvre, sur ordre de la nation.



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*Le 6 août 1945

C'était un jour de beau temps sans un seul nuage depuis le matin, tout illuminé par le soleil. Il faisait très très chaud.

Comme il n'y avait pas d'alerte, le travail avait déjà commencé à 8h15.

J’ai vu alors une lumière bleu pâle passer à travers la fenêtre dans un grand fracas : je me suis dit que c'était une bombe. Sur le moment, j'ai pensé que mon heure était arrivée ; je voyais l’image de mon père, ma mère, ma grand-mère et mes trois petits frères défiler devant mes yeux. J'avais très peur.

Je me suis aussitôt couvert les yeux et les oreilles avec mes deux mains, tout en me glissant sous une machine. On m'avait bien dit qu’à cause du souffle d'une explosion, les yeux se désorbitaient, la membrane du tympan pouvait se déchirer ; je m'étais entraînée pour faire face à ces situations.

Alors que je me trouvais sous la machine, il y eut un immense fracas, comme si la Terre avait explosé ; j'avais l'impression que le sol se soulevait. Je ne m'en suis souvenue que lorsque j’ai pu me dégager. Je m’étais alors retrouvée sous les décombres de l'usine en bois de deux étages ; c'est là que j'ai perdu connaissance. Même en étant situé à 2.3 km, le bâtiment est tombé en ruine en un instant.

Je ne sais pas combien de temps, je suis restée sans connaissance ; j’ai repris connaissance en entendant la voix d’une amie qui criait : "Maman, au secours !" "Professeur, au secours !".

Je ne savais pas ce qui s'était passé, il faisait si sombre. Je me demandais pourquoi je m'étais retrouvée dans un tel endroit, où est-ce que j'étais ? J'essayais de bouger mon corps : mes mains et ma tête répondaient, mais mes épaules, mon dos et même mes jambes étaient tout recouverts de gravats et de planches en bois. Je ressentais une douleur aiguë au bras droit, et j’ai réalisé que j'étais bien vivante.


  • Dans l'usine

Au bout d'un moment, j'ai aperçu des pieds devant moi ; en fait, une amie était écrasée par mon corps. J'essayais de toutes mes forces de tirer et de remuer ses pieds, alors elle s’est aperçu de ma présence et a crié : "Maman à l'aide, j’ai mal !". J'étais heureuse d'entendre sa voix. Si cette amie n’avait pas été là, je n’aurais certainement pas eu la volonté de vivre et de sortir des décombres. Je lui ai crié : "Nous devons sortir tout de suite, les décombres vont prendre feu".

Car le professeur disait toujours : "Quand une usine s'effondre, étant donné que l’on fait du feu à l’intérieur, il y aura forcément un incendie. Si vous vous retrouvez dans cette situation, sortez le plus vite possible du bâtiment".

Je voulais sortir par tous les moyens et secourir mes amis, mais seule ma tête arrivait à bouger.


Alors que je secouais la tête, de la poussière de cendres entrait dans mon nez et dans ma gorge ; ma bouche devenait toute rugueuse, ma respiration douloureuse. Les gravats sur mon dos se faisaient de plus en plus lourds, les blessures aux bras faisaient terriblement mal. Comme mon corps ne pouvait plus bouger, j’avais des idées noires : Si tout prend feu maintenant, par où vais-je commencer à brûler ? Les cheveux ? les jambes ? Qu'est-ce que ça fait de brûler dans un incendie ? Jusqu'à quel point vais-je souffrir au moment de mourir ? Qui trouvera mon corps noir calciné ?

Effrayée, je me posais toutes ces questions pendant un temps qui m’a paru interminable.


Puis, mon amie qui criait, m’a appelée par mon nom. Elle a dit : "Je vois de la lumière, sortons d'ici !".

Nous avons toutes les deux essayé de nous remuer de toutes nos forces. Étant deux, nous avions plus de force, et le corps de mon amie est tombé vers le bas. Il devait y avoir une faille. Je me réjouissais que nous puissions nous en sortir.

Cependant ma jambe droite restait coincée dans les débris de bois. Alors que je la tirais de force, mon pantalon s’est déchiré ; je m'étais fortement blessée à la jambe et je saignais beaucoup, mais je ne me souviens pas bien de la douleur. J’étais très contente de libérer ma jambe. En appelant le nom de mon amie, je tenais tantôt son vêtement tantôt sa main et rampais sous les décombres de bois et des machines avec toutes mes forces pour sortir dehors.


  • Une fois dehors
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Une fois dehors, je vis qu'il n'y avait plus rien dans la ville d'Hiroshima, tout était écrasé, effondré. Le soleil projetant sa chaleur aveuglante avait disparu. Tout était sombre, on n'entendait pas un bruit ; il y avait une odeur désagréable et étrange comme une odeur de poisson pourri. Quelqu’un pleurait en disant : "La ville d’Hiroshima a disparu !".

Cinq ou six amies étaient également parvenues à s'en sortir. L’une avait les cheveux hérissés, le corps tout noirci et saignait à la tête. Une autre avait les mains et les pieds ensanglantés. Encore une autre avait la chair du bras déchirée et la peau tombait. Enfin, une fille avait la jambe dont la chair était arrachée et l’on pouvait apercevoir ses os. Son uniforme était souillé par le sang. Elles étaient toutes à moitié folles.

La camarade qui était coincée sous les même décombres que moi avait des blessures plus graves : ses bras tenaient juste avec la peau, la chair s'était déchirée et on voyait ses os. Son état était lamentable, cela me faisait même peur de la voir. Mais comme il n'y avait malheureusement ni pansement ni tissu sous la main, la seule chose que j'ai pu faire a été de déchirer un morceau de la manche de mon chemisier, de l'appliquer sur son bras et de le bander. Mes jambes aussi saignaient beaucoup, j'ai pu stopper l'hémorragie en les ficelant avec un bandeau par-dessus mon pantalon.


  • Les amies que j’ai aidées.

Beaucoup de gens étaient restés dans l'usine et criaient, ne pouvant pas bouger. Mes amies et moi, pourtant blessées et tout en sang, nous nous efforcions d'écarter les poteaux et les gravats qui les entouraient, de déplacer les machines pour les aider. Ainsi, nous avons pu les sauver, tous, mais ils étaient incapables de se tenir debout, leurs os étant fracturés. Assis ou allongés, ils pleuraient de douleur. Nous ne pouvions rien faire pour les aider.


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  • Les gens brûlés sur tout le corps.

A ce moment-là, les blessés venaient de l'hypocentre, semblables à des fantômes. Ils tendaient leurs bras devant eux, la peau toute brûlée et écorchée tombait à la hauteur des ongles. C’était comme si des lambeaux pendaient.

Ils étaient nus. Probablement leurs vêtements avaient été emportés ou brûlés. Leur visage se gonflait tel un ballon, les lèvres se retournaient et du sang coulait de la tête et du corps. Ils étaient en ligne et marchaient d'un pas chancelant, formant comme une file de zombies.

  • Un collégien

Parmi eux il y avait un collégien qui portait son propre bras arraché ; il se dirigeait vers moi en titubant. Après s'être agenouillé, il est mort devant moi. J e ne pourrai jamais oublier son visage empreint de peur et de tristesse. Brûlé vif, il est mort sans comprendre ce qui s'était passé. Ce pauvre collégien avait certainement lui aussi des rêves et des projets à réaliser…

Une mère qui portait dans ses bras un bébé mort faisait des va-et-vient en hurlant des mots que je ne comprenais pas. Elle perdait la raison. D'autres personnes dans un état absolument déplorable s'étaient rassemblées. Ceux-là n'avaient plus rien d'humain dans leur apparence.

Ces personnes irradiées avaient le corps tout brûlé et étaient gravement déshydratées : elles avaient tellement soif ; elles erraient dans les décombres à la recherche d'un point d'eau. Tous les gens qui venaient criaient désespérément : "De l'eau, de l'eau" .

Mais on dit toujours que les personnes brûlées mourraient après qu'on leur ait donné à boire. C’est pour cela que nous ne pouvions pas leur donner d'eau. En voyant ces pauvres gens mourir sous mes yeux, je regrettais de ne pas pouvoir leur donner ne serait-ce qu'une gorgée d'eau. Il y avait aussi des gens qui culpabilisaient de leur avoir donné à boire, se disant qu'ils étaient morts par leur faute.

C'est justement à cause du regret tenant à l’impossibilité de leur donner de l'eau et afin de calmer leurs âmes que la fontaine et l’étang du Parc de la Paix d’Hiroshima sont aujourd’hui remplis d’eau.


  • Transporter des amies

Je pense qu'il était environ midi. Des flammes sortaient de la maison voisine. Nous discutions pour savoir que faire des amies qui ne pouvaient pas marcher toutes seules. Le professeur était parti chercher trois brancards ; en revenant il cria : "Allez vite vous réfugier au parc !". Mais aucune d'entre nous ne pouvait bouger.

Tout le monde était blessé et saignait. Mais en voyant le feu s’approcher de nous rapidement, nous ne pouvions pas aller nous réfugier en abandonnant nos amies. Nous les avons donc transportées une par une avec quatre autres personnes.

J'ai moi aussi aidé à les transporter. La distance était de plusieurs centaines de mètres entre l'usine et le parc ; je me souviens encore à quel point c'était long et à quel point les corps étaient lourds. Mes jambes me faisaient mal. Mais nous nous acharnions malgré tout à sauver la vie de nos amies.

Le parc était alors rempli de gens qui avaient rendu leur dernier souffle une fois arrivés, et de personnes qui souffraient terriblement. Nous avons déposé nos amies dans le parc, puis nous nous sommes mis tout de suite sur le chemin du retour.


  • Des cadavres dans la ville.
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A ce moment-là, il y avait beaucoup de corps sans vie aux alentours. Je faisais en sorte de ne pas les piétiner en marchant, mais comme leur peau s'était arrachée, je ne pouvais pas faire autrement que de fouler ces peaux visqueuses. Je m'en souviens très bien, cette sensation ne s'oublie pas !

Sur le chemin, il y avait aussi des gens dont les yeux s'étaient exorbités, des gens dont les entrailles sortaient du corps, des morceaux de chair étaient étalés par terre, l'odeur du sang… C'était véritablement l'enfer sur Terre.

Je circulais en portant un brancard. Une petite fille de 14 ans avait perdu sa conscience et ses sentiments humains. Je n’avais plus peur, je ne me sentais plus spécialement mal en voyant les cadavres, et je les enjambais sans hésiter.

A ce moment-là, la ville d’Hiroshima était un enfer. Je ne souhaiterais pas vous montrer un endroit pareil et je ne voudrais pas mourir de cette façon.

Vous qui avez l'avenir devant vous, une telle situation où l’on s’enfuie en enjambant des cadavres ne doit jamais vous arriver !

Depuis le parc, nous sommes ensuite tous partis nous réfugier vers le nord d'Hiroshima.


  • Le ciel d’Hiroshima.

Nous avons passé la nuit au niveau de la digue de la rivière. Je pensais à ma famille alors que je voyais le ciel rouge au-dessus de la ville d'Hiroshima enflammée. J'étais en larmes et je n'ai pas pu dormir de la nuit.

Même le deuxième jour, nous avons fait tous nos efforts pour transporter nos amis en un endroit sûr au nord de la ville.


  • Incinération

Pendant ce temps, des incinérations débutaient ça et là dans le centre de la ville. Mais il y avait trop de corps à incinérer et les cadavres endommagés par la forte chaleur de la bombe atomique étaient partout entassés. Ils commençaient à pourrir avec la chaleur du soleil ; je ne pourrai vous décrire l'odeur de putréfaction qui se dégageait de leur corps remplis de vers !

Des gens ont creusé des trous à des endroits inoccupés et au bord de la route. Ils y ont déposé les corps et les ont recouverts de gravats. Puis ils les ont brûlés, en les aspergeant d'huile. J’imagine que cela devait être très douloureux à faire pour eux.

Il y avait des fumées blanches partout et une odeur nauséabonde était répandue dans toute la ville d'Hiroshima ; la ville entière devenait un cimetière, un crématorium géant.

Comme je m’y déplaçais, mes vêtements et mon corps étaient imprégnés d’une odeur si horrible que parfois je ne pouvais même pas boire de l'eau. Cette odeur est restée sur mon corps pendant un certain temps. Pendant trois jours, j'ai ainsi transporté mon amie blessée dans ces conditions jusqu'à un abri au nord.


Onigiri
*Retrouvailles avec mon père.

L'après-midi du troisième jour après le bombardement, alors qu'on me disait que mon quartier était resté en bon état, je suis retournée chez moi avec une amie. Sur le chemin, nous avons rencontré par hasard mon père.

Depuis le jour même du largage de la bombe, mon père me cherchait dans les ruines de l’usine, appelant mon nom et retournant les cadavres pour vérifier leur visage. Ne pouvant pas me retrouver, il pensait que j'étais morte, surtout après avoir entendu dire que tous les collégiens et collégiennes avaient été tués par la bombe.

Il s’est réjoui de me voir en bonne santé : "Tu es bien en vie ! Tu es vivante !" Il pleurait de joie et m'a pris dans ses bras avec mon amie.

Ce jour-là, il y avait dans le sac de mon père des chemises blanches et des sous-vêtements de rechange, mais aussi un onigiri enveloppé dans une peau de bambou.

En ce temps de famine j’imagine qu'il ne devait pas rester de riz à la maison, mais ma mère avait préparé une boulette de riz avec le peu de riz qu’elle avait gardé en cas de besoin. Elle souhaitait que mon père m’en donne au moins une bouchée avant que je meure, s’il me retrouvait. Elle l'avait préparé pour moi en pleurant, sans même savoir si j'étais morte ou vivante.

Ayant pris l’onigiri, mon père m'a cherché pendant trois jours en retournant les cadavres.

En voyant cette boulette de riz, j'ai immédiatement versé des larmes. J'ai alors ressenti l'amour de mes parents.


  • La rivière.

Ensuite, nous avons tous les trois repris la route ; sur le chemin, nous avons vu une quantité de chevaux et de personnes mortes dans la rivière. Les chevaux appartenaient à l'armée : ils étaient morts avec les poils brûlés, la peau apparaissait toute lisse. Ces chevaux eux aussi devaient avoir très soif. Les sept rivières d'Hiroshima ont été ainsi jonchées de cadavres pendant des jours.

Une fois rentrée chez moi, je suis restée au lit tout le mois d’août. Je n'avais plus d'appétit et j'étais atteinte d'une forte fièvre ; mes gencives saignaient abondamment. Ces signaux étaient en réalité les premiers symptômes des radiations. Mais puisque personne n’était au courant de ce que sont les radiations, ma mère s’inquiétait énormément de mon état.

Du pus s'écoulait de ma plaie sur le bras. Une fois rentrée, des vers avaient pénétré la plaie ; ma grand-mère en larmes me les a enlevés un par un à l'aide de baguettes. Pendant ce temps, je pleurais moi aussi à cause de la douleur. C'était rempli de pus, il n'y avait ni médicaments ni médecins disponibles.

Au bout de deux mois, j'ai enfin pu consulter un médecin, il m'a retiré sept morceaux de verre de la plaie. Comme il n'y avait ni médicaments ni anesthésie, trois personnes m’ont immobilisé pour les enlever, alors que je criais de douleur.

Mes jambes étant complètement gonflées, je ne pouvais pas marcher pendant un certain moment. Malgré tout cela, j'ai pu survivre.

Mon père, lui, a été irradié alors qu'il se trouvait à la maison qui se trouvait à 2,5 km de l’hypocentre de l’explosion, il n’avait ni blessure ni brûlure. Pourtant, un an et demi plus tard, il a commencé à cracher du sang brutalement ; il est mort peu de temps après.

Je pense que c’était à cause du fait qu’il avait marché dans les ruines de la ville pendant trois jours tout en retournant des cadavres à ma recherche et qu’il avait alors subi des radiations, qui étaient toujours présentes.

A cette époque, nous ne savions rien au sujet de la bombe nucléaire et des radiations. Les radiations étant invisibles et n'ayant pas d'odeur, beaucoup de gens sont allés dans la ville d’Hiroshima pour chercher des proches, tout en ignorant le danger. La plupart de ces personnes ont subi les symptômes de l’irradiation : la perte de cheveux, les crachats de sang, puis la mort.


Le plus terrible concernant les radiations, c’est que leurs ravages sont toujours présents actuellement. Alors que 72 ans se sont désormais écoulés, un grand nombre de personnes souffrent toujours de cancers et de leucémie.

En 1999, j'ai moi aussi été opérée d'un cancer pour extraire 2/3 de mon estomac. Beaucoup de mes amis sont décédés d'un cancer.

Étant moi-même une victime de l'arme atomique, il me faut désormais vivre tout en m'inquiétant pour l'état de santé de mes enfants, de mes petits-enfants et de mes arrière-petits-enfants.


  • Je vais maintenant vous parler de l'après-guerre.

Un an et demi après l’irradiation, mon père est décédé après avoir craché une grande quantité de sang. Ma mère a pu continuer à vivre pendant encore 20 ans, mais elle a passé sa vie à l'hôpital à cause des symptômes dus à la bombe atomique. Après le décès de mon père, je devais gagner de l’argent pour s'occuper de ma famille ; je payais les frais de l’hôpital de ma mère et je nourrissais mes trois frères.

J'ai travaillé comme une folle pendant dix ans. J 'avais alors un rêve : depuis que j’étais en cinquième année de l’école primaire, je voulais être institutrice. J'ai donc intégré une école de formation de professeurs. Ce rêve ne s'est cependant pas réalisé.

Le manque de nourriture était ce qui posait le plus de problèmes dans la vie de tous les jours. Je vous en ai déjà parlé tout à l'heure, mais la nourriture n'était vraiment pas suffisante au Japon pendant et même après la guerre. Il y avait des jours où mes petits frères, alors en pleine croissance, n'avaient pas de quoi manger à leur faim.

Après la guerre, il y avait bien le marché noir pour acheter de la nourriture, mais les prix y étaient beaucoup trop chers par rapport à ce que pouvait gagner une jeune fille de 17 ans comme moi. La vie était vraiment difficile pour moi.

D’ailleurs j’ai subi des discriminations : une femme qui avait été irradiée ne pouvait pas se marier. L'atomisation est en effet considérée comme contagieuse, voire héréditaire. Même si l'on se marie, on ne peut pas avoir d'enfant. Si jamais l'on arrive à en avoir, l'enfant sera handicapé.

Cela ne me dérangeait pas de ne pas me marier, mais ma mère se faisait du souci pour moi. Elle pleurait à chaque fois que je faisais l’objet de discriminations, bien qu’elle fût alors elle-même en état de dépendance.

On disait à l'époque que les personnes mortes dans l'explosion avaient vu l'enfer, mais que ceux qui avaient survécu vivaient aussi un enfer. C'est bien vrai.

J’ai vécu en désirant chaque jour revoir mon père, je voulais que ma mère retrouve sa motricité ; j'éprouvais de la rancœur contre la bombe atomique, contre les États-Unis, mais aussi contre le gouvernement japonais.

On dit qu'il ne s'est rien passé pendant les dix ans qui ont suivi, mais ces dix années n'étaient que pauvreté, souffrances et discriminations. Même l'État n'a rien fait pour nous, les victimes.


Je me suis mariée l'année où mon plus jeune frère est entré au lycée. Mon oncle m'a présenté à mon mari comme étant une victime de la bombe.

J'ai deux filles, quatre petits-enfants et deux arrière-petits-enfants. Lorsque mon mari est décédé il y a 18 ans, ma petite-fille qui était alors en troisième année de collège m'a soudainement parlé du témoignage des victimes de la bombe. Elle m'a vivement reproché : "Tu ne dois pas mourir sans partager un mot de ton expérience !".

Mais j'ai refusé, étant incapable d'en parler devant les autres.


Alors que 55 ans se sont écoulés, j'ai malgré tout décidé d'écrire sur cette bombe qui ne représente pour moi qu'un horrible souvenir, que je souhaitais simplement oublier.

J'ai commencé à témoigner de mon expérience en mars 2001. A cette époque où je venais de commencer à témoigner, un lycéen américain m'a demandé si j'éprouvais toujours de la rancœur envers les États-Unis, à l'issue d'un témoignage devant des lycéens étrangers. Je lui ai dit : "J'ai vraiment détesté les États-Unis pendant dix ans, mais plus maintenant. Le sentiment de haine ne mène à rien et on ne peut pas être heureux dans la vie en haïssant". Il m'a répondu : "Je suis désolé.", en baissant profondément la tête.

Il est vrai qu'il m'est arrivé de ressentir de la haine au fond de moi à certains moments, mais en le voyant, je ne voulais pas que quelqu’un de si jeune comme lui ait à s’excuser. J’ai alors compris que tous les Américains désiraient la paix, et à ce moment-là, la rancune a disparu de mon cœur. Cela fait maintenant 17 ans.


Haut du monument de la Paix à Hiroshima
*Pour finir, voici ce que je voudrais vous demander.

Lors du bombardement à Hiroshima, 350.000 personnes étaient présentes ; il y avait des habitants, des militaires, des travailleurs venus de la péninsule coréenne ou d'autre pays en Asie. A la fin du mois de décembre 1945, 140.000 personnes avaient perdu la vie. Nous ne pouvons pas les traiter comme un tout : chacun était unique avec son propre nom, sa propre famille et sa propre vie. Personne ne voulait mourir de cette façon.

L'enfer est apparu sous la forme d’un champignon nucléaire.

Il existe actuellement sur cette Terre plus de 14.900 de ces armes diaboliques. Les bombes actuelles possèdent une puissance cinq mille fois supérieure à celle larguée sur Hiroshima. Si on en arrivait à appuyer sur le bouton nucléaire par erreur ou encore si des terroristes venaient à mettre la main dessus, les êtres humains seraient vite anéantis.

Tant que l'arme nucléaire existe, il y a toujours une possibilité que des terroristes puissent s'en emparer. C'est pourquoi, il ne suffit pas d'en réduire le nombre, il nous faut tout simplement abolir l'arme nucléaire. Même s'il ne restait dans ce monde qu'une seule bombe nucléaire, cela représenterait un grand danger pour l'humanité.

Il y a bien des gens et des pays affirmant que disposer de l'arme nucléaire est une nécessité, mais peu importe la raison, c'est le mal absolu. L'être humain et une telle arme ne peuvent coexister.

Nous ne devons pas considérer l'arme nucléaire simplement comme un évènement historique d'il y a 73 ans ; je veux que vous compreniez qu'il s'agit d'une menace et d'un enjeu très actuels.

En juillet 2017, le traité sur l’interdiction des armes nucléaires a été adopté. L'ONG du nom d'ICAN (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires), qui a obtenu le prix Nobel de la Paix, a beaucoup contribué à cette adoption.

C'est une ONG qui a joué un rôle important dans l’adoption du traité sur l’interdiction des armes nucléaire ; il est donc important que chaque citoyen désire la paix et une société sans armes nucléaires, tout en étant solidaire avec les gens du monde entier afin d'agir ensemble.

Pour finir, j’ai une demande à vous faire : je vous prie de partager ce que vous avez écouté pendant ce témoignage et vos opinions avec le plus grand nombre de personnes.

Je vous remercie pour votre attention


Article paru le 11/10/2018


"Les conséquences du mode de vie des Japonais sur leur corps - la façon de s’asseoir"

Traduction : Masako et Stéphane (relecture)

« La technique pour s’asseoir »


yukaza
Depuis les temps anciens, les Japonais vivaient à la façon « Yukaza », en vivant directement près du sol ou sur les tatamis.

L’usage des chaises et des tables s’étant ensuite généralisé, le mode de vie « Yukaza » disparaît désormais peu à peu. Du fait de ce changement de mode de vie, du mode « yukaza » au mode « isuza », des changements importants ont affecté le corps des Japonais.

En effet, pour s’asseoir sur le sol, il faut bien fléchir les chevilles, les genoux et les hanches. De ce fait, ce mode de vie entraîne un assouplissement des articulations des jambes. Par contre, l’usage de la chaise décharge les chevilles et les genoux.

Si l’on utilise régulièrement la chaise, on perd en souplesse au niveau des articulations,souplesse qui est nécessaire pour s’asseoir sur le sol. De nos jours, de plus en plus d’enfants ne parviennent plus à s’accroupir, du fait d’une perte en souplesse des chevilles. Les Japonais ont désormais souvent les pieds engourdis en position « seiza » ou ont des douleurs lombaires en position « agura ».

Ces difficultés associées au mode de vie « yukaza » proviennent sûrement de ce que les Japonais ont progressivement oublié le savoir-faire d’autrefois, qui leur permettait de s’asseoir et de vivre près du sol. Autrefois, la plupart des Japonais pouvaient rester assis tranquillement pendant une demi-journée ou une journée entière pour regarder des pièces de théâtre ou des combats de sumo. Il existait très certainement une « technique pour s’asseoir » grâce à laquelle chacun pouvait se détendre toute la journée tout en restant assis près du sol ou par terre.

Extrait de l’ouvrage de Yatabe Hidemasa « Prendre soin de son corps »


「すわる技術」

古来、日本人は床や畳に直接腰をおろす「床坐」の生活を営んできました。 椅子とテーブルが普及するようになって、現代では床坐の習慣も徐々に失われつつありますが、床坐から椅子坐へ生活スタイルが変化するなかで、私たち日本人の身体に大きな変化が生じました。

床に坐ることは、足首や膝、股関節(こかんせつ)を深く曲げなければならないので、床坐の生活をしていれば、おのずと脚関節の柔軟性が養われます。椅子を用いることによって、足首や膝への負担は軽減されますが、それが習慣化してくると、床坐に必要な関節の柔軟性が失われてきます。 現代では床にしゃがむことのできない子どもが増えていますが、このことも足首の柔軟性と大きくかかわっています。 正坐して足がしびれたり、胡座(あぐら)をかいて腰が痛くなったり、床坐にまつわる諸々の問題は、楽に坐るための技術と方法が、時代の変化とともに忘れ去られてしまったからに他なりません。 かつて日本人の多くは芝居や相撲(すもう)の観戦などをするにしても、半日、一日とくつろいで坐っていることができました。 床に坐って一日中くつろぐことのできた古来の習慣には、「坐るための技術」が明確に存在していました。

矢田部英正『からだのメソッド』


Article paru le 30/06/2014


Les phénomènes de "fantôme" au Japon

Merci à Yumiko, pour l'article, et à Keishi, pour son aide et sa relecture pour la traduction.


Introduction (par un autre auteur que l’auteur de l’article suivant)

Fantome.jpeg
Parce que la science moderne a « tué » les fantômes, je pense que le Japon n’est plus le Japon.

C’était rare (jusqu’à la fin de la période d’Edo) qu’un tel pays, dans le monde entier, ait eu une culture qui fût restée fidèle à ses morts (cf Note).

Note : Selon la science moderne, actuellement acceptée au niveau du monde entier, les fantômes n’existent pas. Selon cette personne, le Japon passé, pour lequel la « culture des fantômes » était reconnue, n’existerait plus dans le Japon actuel.

Les Japonais du passé avaient peur des « malédictions » (au sens des défunts qui revenaient hanter les vivants, sous la forme de leur fantôme). Par conséquent, même les généraux de l’époque de la Période des Royaumes Combattants (du XVe à la fin du XVIe) ne se livraient pas à des meurtres.

Les japonais avaient éliminé les fantômes en les considérant comme étant « non scientifiques ». Selon l’auteur, éliminer« les superstitions » n’est pas culturel (au sens où il considère que « la culture des fantômes » fait partie de la culture japonaise).

Selon le professeur Kanebishi Kyoshi, de l’université du Tohôku (Nord-est du Japon), « les phénomènes de fantômes qu’ils existent ou pas, là n’est pas le problème. Il est important que les personnes ayant vu des fantômes (de défunts qui ne sont pas prêts à accepter leur propre mort (cf note ci-dessous), doivent affirmer leurs existences et écouter leurs voix. Il est également important qu’elles respectent aussi les morts sans nier le monde intermédiaire entre ce monde ci et l’au-delà, ce qui sous-entend une reconnaissance indéfectible à la fois de l’existence des fantômes comme du monde intermédiaire.

Note : En effet, une personne morte soudainement n’a pas eu le temps d’exprimer ses sentiments, de transmettre ce qu’elle souhaitait transmettre à une personne restante en vie. Pour cette raison, le défunt veut absolument transmettre à une personne restante en vie. Elle revient donc sous la forme de fantôme. Cependant, n’importe qui ne peut pas accepter leur existence et donc entendre leurs voix.



Les fantômes dans les zones de catastrophe.

  • de Satoru Ishido

Une étudiante, Mlle Yuka Kudô, a écrit un mémoire de fin d’étude sur ce sujet. Dans l’ouvrage collectif (dans lequel figure la thèse de Yuka Kudô) « La science des catastrophes naturelles s’ouvre à la spiritualité » (Shinyosha), une partie s’intitule « Les phénomènes de fantômes rencontrés par des chauffeurs de taxi, dans des quartiers fréquentés par les défunts ».

Mlle Yuka Kudô de l’université du Tohôku, a rassemblé les témoignages de chauffeurs de taxi de la ville d’Ishinomaki, Préfecture de Miyagi, à propos de fantômes. Ce sont des chauffeurs de taxi qui ont pris comme passagers des fantômes, dans les zones touchées par le tsunami et le tremblement de terre.

Cependant, de nombreuses voix se sont élevées sur Internet, comme en témoignent ces quelques extraits : « Les fantômes existent. » « Comme cela n’est pas scientifique, cela n’a pas valeur de thèse. »

Dans les zones de catastrophes, on peut se retrouver face à un questionnement sur la vie et sur la mort et à se questionner sur les « personnes décédées » et sur le « sentiment de perte ».

Le professeur Kinhishi Kyoshi (sociologue : spécialisé du travail sur le terrain) explique avec un sourire désabusé, à propos de la thèse de fin d’études de sociologie de Mlle Yuka Kudô : « Ces voix qui se sont élevées sur Internet ont mal compris. Bien que cette thèse avait pour objectif de réfléchir à la vision de la vie et de la mort et à la manière dont on répond aux morts à travers les phénomènes de fantômes, ces personnes sur Internet ont réduit ces phénomènes de fantôme à de la superstition.(cf note)

Note : « superstition », au sens « les fantômes d’une personne décédée qui reviennent pour se venger, cela n’existe pas ».


En 1995, lorsque j’ai décidé d’intégrer l’université, j’ai fait l’expérience du grand tremblement de terre de Kobe. A ce moment-là, j’ai eu un doute quant au point de vue généralement mis en avant (pour considérer cet évènement). Les autoroutes effondrées, la ville de Kobe avec tous ces dommages. Surtout vue d’en haut ! J’ai vu beaucoup d’émissions télévisées sur ce qui s’était passé, mais j’avais le sentiment que manquait le point de vue des victimes. La reconstruction de la ville, également, n’a pas tenu compte du point de vue des victimes. En se basant uniquement du point de vue descendant (des politiciens, des architectes « se penchant » sur le problème), en apparence, un plan rationnel a été proposé. Mais celui-ci ne tenait pas compte du point de vue des victimes.


Un sentiment de perte qui ne peut pas être comblée.

« Perdre quelqu’un qui nous est important. Il y a des morts portés disparus. Mais pas seulement : quelque chose change alors dans le quartier. Et à ce niveau aussi, il y a un sentiment de perte. Lorsque l’on pense à la reconstruction, survient une sorte de chagrin : le sentiment qu’on ne peut pas accepter la tragédie survenue dans ce contexte. On perd quelqu’un d’important et nos proches sont portés disparus.

Avant tout, on doit tenir compte des habitants qui ont leur vison sur la vie, leur vision de la vie et de la mort, et on doit tenir compte de leurs affectivités.

Comment les personnes peuvent-elles faire face, face aux personnes mortes et à la perte ? Des étudiants ont interviewé des victimes du grand tremblement de terre de l’est du Japon et ont réalisé une enquête. A propos précisément des phénomènes de fantômes, on considère les régions touchées d’un point de vue prenant en compte la vision de la vie et de la mort, ce qui est un exemple symbolique.

« Entre les vivants et les morts, il y a un état de « mort imprécise ». Même pour des gens qui ont perdu leurs proches, la vie et la mort ne sont pas clairement séparées. Comment peut-on accompagner ceux qui n’ont pas encore trouvé les corps de leurs proches ; ils n’arrivent pas à accepter l’état de fait (la perte du proche) comme étant la réalité et ils n’arrivent pas non plus à accepter leur mort. L’existence des phénomènes de fantômes remet en question la question de « Comment faire le deuil ? », et oblige à ce que restent à vif les émotions des personnes restantes, abandonnés par les disparus.


Une femme qui portait plusieurs couches de vêtement sous son manteau m’a demandé à être conduite « A Minamihama ». (quartier en bord de mer de la ville portuaire d'Ishinomaki)

Mlle Kudô a interrogé des chauffeurs de taxi à Ishinomaki, où le nombre des victimes s’élève à 3277et à 428 de portés disparus, du fait du tsunami, entre autres. Quelques extraits de témoignages, figurant dans le mémoire.

Un chauffeur de taxi (56 ans), dont la fille est décédée pendant la catastrophe, attendait des clients autour de la gare d’Ishinomaki. C’était tard dans la nuit, au début de l’été et plusieurs mois après la catastrophe du 11 mars. Une femme, la trentaine, qui portait un manteau avec de la fourrure, est montée.

Je lui ai demandé sa destination et voici ce qu’elle m’a dit : « À Minamihama » _ (J’ai répondu) « Il y a là-bas encore beaucoup de friches (après le tsunami, les constructions encore debout ont été rasées et les terrains nivelés, avant d’être laissés en l’état). Cela ne vous dérange pas ? Vous n’avez pas chaud avec votre manteau ? » _ « Est-ce que je suis morte ?  », a-t-elle répondu, d’une voix qui tremblait. Le chauffeur a regardé dans son rétroviseur : il n’y avait personne sur le siège arrière.


« Dans le grand tremblement de terre de l’est du Japon, il y a eu de nombreux morts, n’est-ce pas ? C’est naturel qu’il y ait des gens attachés à ce monde. (pause) A présent, je n’en ai plus peur. Même si un autre client portant des vêtements d’hiver en été attendait un taxi, je le monterais. Je l’accepterais comme un client ordinaire. »


« Mon oncle, merci ! », La silhouette de la jeune fille s’est effacée.

Un autre chauffeur (49 ans) a témoigné, en disant qu’il a pris pour passager une jeune fille, de l’âge d’une élève de primaire. C’était tard le soir, à l’été 2013. Une jeune fille se tenait toute seule, debout. Elle portait un manteau, une écharpe et des bottes. Pendant qu’il se demandait de quoi, « Je me sens trop seule » a dit la jeune fille. Il lui a demandé où elle habitait et quand il l’a raccompagnée jusqu’à chez elle, il lui a lâché la main. « Mon oncle, merci ! », tout en le lui disant, sa silhouette s’est évaporée.

« Je pense qu’elle venait voir son père et sa mère. » J’avais l’impression que ce chauffeur de taxi faisait une triste figure quelque part, mais il semblait néanmoins heureux.


Selon les archives de chacune des sociétés de taxis concernées par la rencontre avec des phénomènes de fantômes, il y a eu des courses non payées. Il est noté que le client ne pouvait pas payer la course.


« Les défunts viennent me voir. »

Dans les zones touchées par une catastrophe, il n’est pas rare d’entendre des histoires de fantômes.

Pendant mon reportage, je me suis souvenu d’une rencontre. Dans un izakaya (bar à saké) de la ville d’Ishinomaki, j’avais entendu de telles histoires. Cela va bientôt faire une année depuis le tremblement de terre.

La femme d’une cinquantaine qui tient le commerce, avait fermé le magasin après le tremblement de terre et avait fait notamment de la soupe au riz, bénévolement. On pouvait voir que la situation avait complètement changé. Elle dit qu’elle voyait de nombreuses fois, tous les jours, des personnes qui recherchaient leur famille sans trouver l’endroit où elles étaient, et qu’elles s’effondraient en pleurs quand elles les trouvaient.

« Ils n’ont pas encore trouvé les corps ! Jamais vu quelque chose d’aussi triste ! » « Il se peut que à cause de ça… » (Elle n’est pas allée plus loin.)

Alors que j’étais seul dans l’izakaya, cette femme a dit tout en remplissant mon verre de bière : « C’est difficile à dire… : des défunts viennent me voir et me demandent de trouver leur corps.» _ « Qui ? » _ « Des personnes mortes. »


« C’était aussi l’année du tremblement de terre, un jour d’été. Alors que j’avançais en voiture dans un quartier sérieusement touché par le tsunami, une femme avec un manteau se tenait debout. » _ «  Pourquoi, c’était un manteau de saison ? » _ « Passé le moment de surprise, tout de suite après, j’ai voulu vérifier en regardant par le rétroviseur, mais il n’y avait plus personne. » Elle racontait en souriant ce qu’elle avait vu, comme si elle racontait un souvenir plaisant.


« Ce que j’ai vu, il ne faut pas appeler cela « fantôme ». » Le chauffeur éprouve un sentiment de respect mêlé de crainte.

Une chose commune entre l’enquête de Mlle Kudô et la mienne, c’est que les personnes qui ont vu des fantômes n’ont pas peur d’eux. Elles ne les reçoivent pas comme un simple phénomène mystérieux, mais elles sont respectueuses vis-à-vis des fantômes.

Mlle Kudô a fait cette même constatation lors de son enquête sur les chauffeurs de taxi. « Quand j’ai appelé « fantôme » ce qu’ils avaient vu, il y en a qui se sont fâchés contre moi. Je me suis demandée pourquoi ils se sont mis en colère. Je pensais que le mot « fantôme » était empreint d’une connotation de curiosité à l’encontre des défunts. Je pensais que c’est le mot qui fait peur et qui soulève un intérêt, au même titre que les phénomènes mystérieux et les photos d’esprits. Dès que j’appelais « le fantôme » une personne défunte » ou « une âme (de personne décédée) », ils m’acceptaient et en parlaient.

Un chauffeur de taxi m’a ainsi demandé : « Tu as eu quelqu’un d’important pour toi qui est décédé ? » « Quelqu’un qui est mort, il semble comme endormi. On regrette alors d’avoir dû faire autrement. Je me dis que, même s’il était mort, je crois qu’ils (les fantômes) seraient heureux que des personnes viennent les voir. » Ils veulent montrer qu’ils comprennent l’existence des « fantômes » et qu’ils les accueillent chaleureusement. Mlle Kudô ressent un sentiment de respect mêlé de crainte chez les chauffeurs de taxi.


Entre la vie et la mort, il y a « un état de mort flottante ».

Pour Monsieur Kinhishi, il y a une particularité associée au grand tremblement de terre de l’est du Japon « l’état de mort flottante » a été fréquent et il note : « il y a eu du temps entre le tremblement de terre et l’arrivée du tsunami et il y eu beaucoup de regrets chez les personnes touchées, tels que « Si j’avais agi autrement, j’aurais pu sauver des gens ». « L’état de mort flottante », c’est un état pendant lequel les personnes vivantes ne savent pas de façon claire si elles-mêmes sont ou ne sont pas mortes. Elles continuent à se demander « Vraiment, les personnes qui me sont chères sont-elles mortes ? ». On n’accepte pas la mort. Et apparait puis enfle un sentiment de blâme vis-à-vis de soi-même « A ce moment-là, si j’avais téléphoné… » « C’aurait été bien si j’avais pu encore entendre sa voix » Même si l’on a fait des funérailles, ce sentiment ne s’est pas éteint.


Le respect pour les morts.

Odajima Takemichi, étudiant du séminaire, a, dans la même ville d’Ishinomaki, effectué des enquêtes auprès des entreprises de pompes funèbres auxquelles avaient fait appel les familles de disparus, pour organiser l’exhumation et la crémation des corps qui avaient été enterrés de façon temporaire.

Il y avait 672 corps enterrés provisoirement. Les employés des pompes funèbres, en tenue d’ouvrier, sans leur tenue de cérémonie, les ont exhumés (car les corps avaient été rapidement ensevelis sans avoir été toilettés. Pour cette raison, et ne pas salir leurs uniformes de cérémonie, les employés étaient vêtus de tenue d’ouvrier, vraisemblablement des bleus de travail).

Apparemment, du fait qu’ils étaient en tenue d’ouvrier, cela a été considéré par certaines personnes, comme un manque de respect à l’égard des victimes. Mais ce n’était pas le cas : c’est plutôt parce qu’ils n’avaient pas le choix. Comme c’était la saison des pluies et qu’approchait l’été, avec ses fortes chaleurs, les corps commençaient à se putréfier. Il fallait laver soigneusement les corps avant de les mettre dans des cercueils. Donc, ils n’avaient pas d’autre choix. Qui plus est, les employés des pompes funèbres joignaient leurs mains sur leur poitrine à chaque mise en bière. Egalement, ils n’ont pas utilisé de simples camions pour transporter les corps, afin de respecter les sentiments des proches présents. Les pompes funèbres avaient prévu 10 véhicules ressemblants aux voitures mortuaires habituellement utilisées, pour le transport des corps.


Les victimes questionnent « quand les personnes meurent, est-ce la fin ? ».

Nous avons tendance à représenter les décédés ou les disparus par de simples chiffres dans les journaux et les archives. Mais, cela occulte l’ histoire de chaque mort, les émotions de sa famille et aussi celles des habitants dans son quartier.

Monsieur Kinishi se demande si l’on séparait clairement la mort de la vie sur la base de notre propre regard sur la vie et sur la mort, cela signifierait-il que l’on nierait le monde intermédiaire, de même que les émotions de chacune des personnes face à son proche décédé ?

Monsieur Kinishi indique que, selon l’ouvrage récemment publié « Etude sur les tremblements de terre », de Chikuma Shinsho, un sinistré ayant perdu son enfant collégien a gravé sur le pupitre de son enfant, au collège qu’il fréquentait de son vivant : « Il est très important de reconstruire le quartier. J’aimerais que l’on n’oublie pas qu’il y a eu, ici, des personnes qui ont vécu. Une fois qu’on est mort, tout est-il fini ? »

Monsieur Kinishi dit « A cette question, comment répondre ? Comme nous avons témoigné beaucoup de respect à chacune des morts de toutes les nombreuses victimes, nous devrions en avoir appris quelque chose. Faire les services commémoratifs sans ressentir de sentiment de deuil, ce n’est pas un vrai deuil. Il faut nous mettre davantage du point de vue des victimes. »


近 代科学が幽霊を “殺して” しまったことで、日本は日本でなくなったとも言えるわけで、世界中でもこれほど “死者” にこだわる文化を持った国は(江戸時代までは)稀だった。 過去の日本人は「祟り」を恐れるが故に戦国武将ですらむやみやたらに人殺しをすることはしなかっ たのだし、「非科学的」「迷信」と排除することは非文化的な行為である。 金菱清・東北学院大教授「大事なのは、幽霊現象があるかないかという問題ではない。 体験した人が『死を受けいれられない』という声に寄り添い、その存在を肯定していること。 中間領域を消さずに、丸ごと肯定し、死者に対して敬意を払っていることが大事だ」


被災地の幽霊 :

Satoru Ishido

石戸諭 BuzzFeed News Reporter, Japan


ある学生が書いた卒業論文が話題になっている。 「呼び覚まされる霊性の震災学」(新曜社)に収録された「死者たちが通う街—タクシードライバーの幽霊現象」だ。 東北学院大の工藤優花さんが宮城県石巻市のタクシー運転手が実際にあった幽霊について聞き取り、まとめたものだ。 津波被災地で幽霊をのせたタクシー運転手がいる。 そこだけが切り取られ、「幽霊はいる」「非科学的なもので、論文とはいえない」といった声がネットにあふれた。

現場から問う死生観 『死者』『喪失感』と向き合う 卒論を指導した社会学者の金菱清教授は、苦笑混じりに語る。 「幽霊をみることもよりも、幽霊現象を通して死生観、『死者』との向き合い方を考察することがこの論文の主題なのに」 金菱さんはフィールドワークを専門とする社会学者だ。 大学進学を決めた1995年に、阪神淡路大震災を経験している。その時、疑問を抱いたのは目線の位置だった。崩れ落ちる高速道路、被害があった神戸市内。強調されたのは上からの映像だ。 「伝えられる映像の多くは、上空からみる鳥瞰図目線になっていて、そこにいる人の目線が抜けている」復興も同じだ。 常に地図上の科学的なシミュレーションがベースになり、鳥瞰図から一見、合理的な計画が打ち出される。


割り切れない思い

「大事な人を亡くす、行方不明になる。 それだけでなく、街そのものが変わったという喪失感がある。 復興を考えるなら、現場に住む人が持っている人間観、死生観、感情から考えないといけない」 死者や喪失と人はどう向き合うのか。 学生たちと東日本大震災の被災地を歩き、インタビューを重ね、調査を続けている。 幽霊現象はまさに、被災地域の死生観が象徴的に現れている事例だと考えている。 「生きている人と死者の中間に、行方不明に象徴される『あいまいな死』があります」 「当事者のあいだでも、生と死はきれいにわかれていない。 遺体が見つからないため、死への実感がわかず、わりきれない思いを持っている人の気持ちとどう向き合うのか。 幽霊現象から問われているのは慰霊の問題であり、置き去りにされた人々の感情の問題なのです」


夏場、コートを着込んだ女性は「南浜まで」と告げた

工藤さんがタクシー運転手の体験を聞き取った石巻市では、津波などによる死者は3277人、行方不明者は428人に達している。 論文から、証言を抜粋してみる。 震災で娘を亡くしたタクシー運転手(56歳)は石巻駅周辺で客を待っていた。 震災があった3月11日から数ヶ月たった初夏、ある日の深夜だった。 ファー付きのコートを着た30代くらいの女性が乗車してきた。目的を尋ねると、女性はこう言った。 「南浜まで」 「あそこはもうほとんど更地ですけど構いませんか。コートは暑くないですか?」 「私は死んだのですか?」 女性は震えた声で応えた。 運転手がミラーから後部座席を見たところ、誰もいなかった。 「『東 日本大震災でたくさんの人が亡くなったじゃない? この世に未練がある人だっていて当然だもの。 (中略)今はもう恐怖心なんてものはないね。 また同じように季節外れの冬服を着た人がタクシーを待っていることがあっても乗せるし、普通のお客さんと同じ扱いをするよ』。 ドライバーは微笑んで言った」


「おじちゃん、ありがとう」。少女はすっと姿を消した

別 の運転手(49歳)は小学生くらいの女の子を乗せた、と証言している。2013年の夏、時間は深夜だった。 コート、マフラー、ブーツを着た少女がひとりで 立っていた。 不審に思いながらも「ひとりぼっちなの」と話す少女。 家の場所を答えたので、そこまで連れて行き、手をとって少女を降ろした。 「おじちゃん、ありがとう」そう話した少女は、すっと姿を消した。 運転手は「『お父さんとお母さんに会いにきたんだろうな〜って思っている。私だけの秘密だよ』。 その表情はどこか悲しげで、でもそれでいて、確かに嬉しそうだった」。 幽霊現象に遭遇した各タクシー会社の記録では、無賃乗車があった扱いになるという。 客を確かに乗せたが、代金は支払われなかったという扱いだ。


「(亡くなった人が)会いにくるの」

被災地で幽霊の話を聞くのは決して、珍しいことではない。 取材をするなか、私も思い返したことがある。石巻市内の居酒屋で聞いたこんな話だ。 もうすぐ、震災1年を迎えようという時期だった。 この店を切り盛りする50代女性は、震災後、店を休み、炊き出しなどボランティア活動をしていた。 見慣れた街の様子は一変していた。 遺体を前に泣き崩れる遺族、そして行方が分からない家族を連日探す人々を何度も見たという。 「ご遺体が見つからないんだよ。あんなに悲しいことはないよ」 「だからなのかね…」。 私1人になった店内で、女性は私のコップにビールを注ぎながら、こう口を開いた。 「言いにくいことだけどね、会いにくるのよ。 見つけてほしって」 「誰がです?」 「亡くなった人が」 これも震災の年、ある夏の日だったという。 車で津波被害が甚大だったを走っていたところ、コート姿の女性が立っていた。 「なんで、この季節にコート?」 驚いて通り過ぎたあと、すぐにサイドミラーで確認したが、誰も立っていなかった。 この女性も、楽しい思い出話を語るように微笑みながら話していた。


「『幽霊』なんて言うな」 運転手が持つ畏敬の念

工藤さんの調査と共通しているのは、恐怖感がないことだ。 単なる怪奇現象ではなく、自分たちが出会った相手への敬意がある。 工藤さんは、タクシー運転手への聞き取りを重ねる中で、こんな経験をした。 「私 が『幽霊』というと、そんな風に言うなと怒る方がいました。 きっと、『幽霊』という言葉に興味本位だと思われる響きがあったからでしょう。 怪奇現象とか、 心霊写真とか恐怖を楽しむような言葉だと思われてしまった。 『亡くなられた方』とか『(亡くなった方の)魂』というと、お話してもらえました」 運転手から、こう問われたこともある。 「きみは大事な人を亡くしたことがあるかい? 人は亡くなると、眠っているように見えるんだ。 あのとき、こうすれば良かったと後悔する。 亡くなっても、会いに来てくれたら嬉しいんじゃないかな」 彼らは「幽霊」の存在に理解を示し、温かい気持ちで受け入れている。 そこにあるのは死者に対する畏敬の念だ、と工藤さんはそう考えている。


生と死の中間にある「あいまいな死」

金菱さんは、東日本大震災を特徴づけているのは「『あいまいな死』が多いこと」であり、「地震から津波到達まで時間があったため、『もっと自分がこうしていれば、助かったのではないか』という後悔の念が強く起きること」だと指摘する。 「あいまいな死」は、生きている人にとっては、本人が死んだのかどうか明確にはわからない。 「本当に私の大切な人は死んでしまったのか」と問い続け、死を受け入れられない。 そして、「あのとき、電話をしておけば…」「もっと声をかければよかった」と自分を責め続けることになる。 仮に葬儀をしたとしても、その気持ちはおさまえる(おさまる)ことはない。


死者への敬意

ゼミ生の小田島武道さんは同じ石巻市内で、仮埋葬という形で土葬した遺体を、遺族の要望で掘り返し、さらに火葬した葬儀会社の取り組みを調査した。 土葬された672人もの遺体を、葬儀会社のスタッフたちは作業服姿で掘り起こしにあたった。 作業服姿は敬意を欠いているように思えるが、そうではない。 土葬され、梅雨、夏場が近くなり腐敗も進む、遺体の泥を丁寧に拭い、棺に納めるには作業服しか選択肢がなかったのだ。 一人一人の遺体に合掌し、効率を優先せずトラックを使わなかった。 遺族感情を重んじ、霊柩車を模した10台の車で遺体を運んだ。


被災者は投げかける「人は死んだら終わりですか?」

ニュースや記録を通じ、私たちは死者や行方不明者を数字としてまとめてみてしまうことが多い。 しかし、そこには一人一人の死があり、それぞれの家族や地域の感情がある。死も一様ではない。 自分たちの死生観にもとづいて、生と死をきっぱりわけることは、中間領域の存在を否定することであり、あらゆる死と向き合ってきた当事者の感情を否定することにつながってくるのではないか、と金菱さんは問う。 金菱さんは新刊「震災学入門」(ちくま新書)の中で、中学生の子供を亡くした被災者が、生前に通っていた中学校で使われていた机に刻んだ言葉を紹介している。 「街の復興はとても大切なことです。 でも沢山の人達の命がここにある事を忘れないでほしい。 死んだら終わりですか?」 金菱さんは言う。 「この問いにどう応えるでしょうか? 被災地の人々が多様な死者へ払っている敬意から私たちはもっと学ばないといけない。 死者の思いを受け止めない慰霊は、誰の感情に寄り添っているのか。 もっと被災者の視点から問われないといけないのです」


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Article paru le 13/02/2017


Covid 19, l'autocontrôle des Japonais

1ère anecdote

Japonais masqués.jpg

A l'issue du premier déconfinement, fin juin 2020, une amie japonaise avait souhaité retourner au Japon, à Kyôtô, comme chaque année, pour y passer les deux mois de l'été avec sa grande fille, avant d'être rejointe par son mari français début août.

Face à la situation sanitaire compliquée, elle avait finalement pu trouver un vol, qui lui permettait de retourner dans sa famille, début août.

Seule avec sa fille, car le mari français ne pouvait alors pas rentrer sur le sol japonais sans passer deux semaines de quarantaines (sur les 3 semaines prévues), elle aurait pu effectuer son voyage et son séjour.

A l'arrivée à l'aéroport d'Osaka, son beau-fère serait venu les chercher dans son véhicule privatisé, pour les conduire jusque dans leur maison de Kyôto. Elle y serait ensuite restée deux semaines à l'isolement, ses parents agés habitant séparément, dans la maison d'en face. La connaissant, elle aurait respecté scrupuleusement les mesures sanitaires et de disptancciation forement recommandées par les autorités. Cette fois, après deux report de leur séjour, du fait de l'annulation des vols par les compagnies aériennes, elles auraient pu se rendre au Japon. D'autant que le papa de mon amie étant très malade, ce séjour était considéré par sa fille comme peut-être la dernière chance de pouvoir voir son papa en vie.

Finalement, sa maman lui avait demandé au bout du compte, de renoncer à son voyage.

Pourquoi ?

Finalement, ce n'était pas tant la maman ni la famille de la soeur de mon amie qui auraient été contre, bien au contraire !!

Néanmoins, à contre-coeur, la maman avait préféré faire le choix de demander à sa fille de ne pas venir.

La raison invoquée : après leur retour en France, à l'issue de leur venue à kyôto, si dans le voisinage des cas de Corona virus se déclaraient, chacun des voisins aurait pu incriminer cette fille d'ici qui était venue de France et aurait apporté avec elle le Corona virus !!

"c'est la fille X, qui a apporté le virus. C'est son égoïsme et celui de sa famille qui nous ont apporté la maladie.". "Ils n'ont pas pensé au groupe...."

A coup sûr, sa famille aurait été immanquablement blâmée et mise au ban de la communauté...


2nde anecdote

Je faisais, ce mardi 24 novembre, notre échange linguistique hebdomadaire à distance, avec Y., qui habite à 1h45 au sud de Tôkyô.

Dans le courant de notre échange, je lui demandais comment était la situation au Japon et particulièrement à Tôkyô, du fait de l'épidémie de Covid."

Y a-t-il comme en France des interdictions d'ouvrir pour les commerces non essentiels ?

Y a-t-il aussi comme en France une limitation de sortie à 1h et à 1km de chez soi ? ... ??


"Tous les magasins sont ouverts, Y. m'expliqua.

Bien sûr, dans les transports en commun, tous portent le masque.

Une fois dehors, dans la rue, il y a des personnes qui ne portent pas le masque."


Face à mon étonnement, elle poursuivit :

"Le gouvernement n'interdit pas aux commerces d'ouvrir.

Il n'oblige rien mais il laisse le choix à chacun."


Mais, rapidement, elle ajouta :

"Les restaurants, les izakaya, sont ouverts, mais il n'y a personne.

Les magasins sont tous ouverts comme d'habitude, mais il n'y a pas de client.

Dans la rue, si quelqu'un de porte pas le masque, tout le monde le regarde, avec insistance.

Si quelqu'un va dans une boutique, les gens le regardent et se disent entre eux "Tu vois cette personne, pourquoi elle rentre ici ?! Pourquoi elle va dans ce magasin ?!...

Elle pense d'abord à elle... Elle ne pense pas au groupe..."


De cette façon, même si officiellement tout le monde peut faire comme il le souhaite et que le gouvernement n'interdit rien, chacun s'autocontrôle, voire s'autocensure.

Par crainte du qu'en dira-t-on, du regard des autres et du groupe. Par peur d'être mis à l'index du groupe.


Article paru le 28/11/2020